Questions-santé 2020 - mars

Jeûne et psychiatrie

Question

Avez-vous les coordonnées du centre de soins russes sur cette question ?


Réponse

Bonjour,

Vous recherchez de la documentation sur le jeûne et la psychiatrie, notamment les coordonnées d’un centre de soins russe. Vous avez entendu parler également de l’hôpital Avicenne en Seine-Saint-Denis et vous vous voulez en savoir plus.

Pour commencer, nous vous proposons la lecture d’un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)  Evaluation de l’efficacité de la pratique du jeûne comme pratique à visée préventive ou thérapeutique dans lequel vous trouverez un encadré p.22-23 concernant les expérimentations russes :
https://www.inserm.fr/sites/default/files/2017-11/Inserm_RapportThematique_EvaluationEfficaciteJeune_2014.pdf

Vous trouverez d’autres détails dans le magazine en ligne BiblioObs qui propose une interview du réalisateur Thierry de Lestrade (21/09/2013) : Qui peut affirmer que le jeûne affaiblit l'organisme ? :

Les études sur le jeûne menées derrière le rideau de fer depuis les années 60 vont dans le même sens. Pouvez-vous nous raconter cette épopée scientifique ?
Les Soviétiques ont beaucoup travaillé sur le jeûne pendant une quarantaine d'années : ils ont publié des centaines d'études sur le sujet, mais ces études sont restées inconnues parce qu'elles n'ont jamais été traduites. C'est en faisant l'enquête pour le film et le livre que Sylvie Gilman et moi-même sommes tombés sur ces milliers de page, qui reposent dans une bibliothèque de l'Académie des Sciences de Russie, à Moscou. Nous avons rencontré des témoins de l'époque, des médecins encore vivants qui avaient dirigé une partie de ces études. Ce sont des médecins assez exceptionnels, ils nous ont raconté comment le régime soviétique s'était peu à peu lancé dans un vaste programme de recherche sur le jeûne thérapeutique.

 

De grands scientifiques russes comme Pavlov ou Pashutin avaient étudié les mécanismes du jeûne chez l'animal à la fin du XIXème siècle. La chose n'était donc pas inconnue en Russie. Mais celui qui va lancer les recherches modernes s'appelle Youri Nicolaev. C'est un psychiatre, un médecin original et un humaniste. Tout a commencé dans les années 50. Opposé au gavage forcé de certains patients en psychiatrie, Nicolaev va laisser quelques-uns de ses malades ne pas s'alimenter... le temps qu'ils le désirent. Et le médecin observe des rétablissements spectaculaires. Avec l'assentiment prudent des autorités, il multiplie les cas, toujours avec l'accord éclairé du patient. Et non seulement il note des améliorations de l'état psychique, mais aussi de l'état physique. Les maladies somatiques tendent à disparaître.

Avec toute une équipe de biologistes, Nicolaev mène alors des recherches sur les deux fronts : psychiques et physiques. Les résultats sont spectaculaires. Un reporter du « Los Angeles Times » écrit même un article en 1973 sur Nicolaev et sa méthode de cure originale. Le régime soviétique lance alors un programme de recherche sans précédent : c'est dans toute l'Union soviétique que l'on va étudier les effets du jeûne, à Moscou, Leningrad, Kiev, Minsk, Rostov... À chaque hôpital sa spécialité : maladies de peau, cardio-vasculaires, gastro-intestinales, bronchiques, rhumatismales.... Ces études se poursuivent intensément jusqu'en 1988, année où l'Académie des Sciences intègre le jeûne dans la panoplie thérapeutique. Une spécialité est créée, un manuel est publié, avec indications et contre-indications.

Quelles sont les indications ? 

Les indications sont nombreuses, elles concernent surtout des maladies chroniques: maladies des bronches, cardio-vasculaires, estomac, intestin, endocriniennes, digestives, articulaires ou osseuses, peau. On remarquera que ce sont des maladies que la médecine soigne très mal. C'est tout l'apport original et précieux du jeûne : s'attaquer à ce genre d'affections chroniques. A noter que parmi les contre-indications, outre les troubles alimentaires, se trouve le cancer. Les chercheurs soviétiques pensaient que le jeûne pouvait avoir un effet sur le cancer, mais ils n'avaient pas voulu, par prudence, entreprendre d'études cliniques avec les malades cancéreux. Ce qui explique le classement du cancer dans les contre-indications.

Ces découvertes et hypothèses vont à l’encontre des pratiques actuelles. La plupart des cancérologues estiment que jeûner est une hérésie. 

Il ne s'agit pas simplement des cancérologues. La communauté médicale en général considère le jeûne comme une pratique « à proscrire ». Parce que « dangereuse », ou bien sans résultats démontrés. Cet avis ne repose sur rien de précis. Dangereux le jeûne ? Pratiqué par des gens malades sans accompagnement médical, oui, le jeûne peut être dangereux. Comme tout médicament puissant, il a besoin d'un cadre précis et d'un suivi. […]

Deux fondations européennes ont donné des crédits pour lancer une vaste étude sur « Jeûne et cancer ». Douze centres hospitaliers sont partants, dont dix en Europe. La France en est-elle ? 

L'Hôpital Avicenne, à Bobigny, s'est porté candidat à un essai clinique, sous l'impulsion du Pr Laurent Zellek. Celui-ci ne s'est pas tout à coup converti au jeûne. Mais ce cancérologue a lu les études de Longo et trouve leur socle biologique intéressant. Et comme il sait que « les patients font plein de choses en-dehors de nous », il préfère tester la validité de l'hypothèse et accompagner les patients plutôt que de les laisser seuls dans la nature. Malheureusement les crédits n'ont pas encore été débloqués, il n'y donc pas de dates précises pour le lancement de cet essai clinique. 

https://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20130921.OBS7954/thierry-de-lestrade-qui-peut-affirmer-que-le-jeune-affaiblit-l-organisme.html

En 2017, le réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe) publie un rapport intitulé « Jeûne, régimes restrictifs et cancer : revue systématique des données scientifiques et analyse socio-anthropologique sur la place du jeûne en France » qui présente l’état actuel des connaissances scientifiques sur la relation entre le jeûne ou les régimes restrictifs et le cancer, et analyse la place du jeûne en France.
Concernant les maladies psychiques, voici le paragraphe de la page 50 :

Prévention d’autres pathologies
En psychiatrie, il existe des données limitées pour les troubles de l’humeur : une amélioration transitoire (de J2 à J7) est suggérée par certaines études portant sur le jeûne mais l’évolution sur le long terme reste inconnue (Fond 2013) et la qualité des essais répertoriés est globalement insuffisante. Dans les troubles appartenant au spectre autistique, le niveau de preuve est insuffisant et ce type d’intervention n’est pas recommandé sauf peut-être le régime cétogène en cas d’épilepsie associée (Napoli 2014). Une seule revue a été publiée concernant le jeûne et les douleurs chroniques, détaillant des possibles mécanismes d’action et recommandant la réalisation d’essais cliniques (Michalsen 2010). Le niveau de preuve est également faible dans le cas des troubles de fertilité bien qu’un rationnel biologique puisse être suggéré (Kulak 2013, Martin 2008). Ainsi, le niveau de preuve concernant l’impact du jeûne en psychiatrie, sur les douleurs chroniques et sur les troubles de la fertilité est insuffisant au regard de la faible qualité des essais répertoriés et de leur nombre limité.

https://www6.inrae.fr/nacre/content/download/5448/46454/version/4/file/Rapport+NACRe-Je%C3%BBne-regimes-restrictifs-cancer_2017_2018.02.06.pdf

Vous comprenez donc qu’en France, les études sur le jeûne ont concerné l’impact du jeûne sur les patients atteints de cancer. 

Nous n’avons pas trouvé de référence concernant les soins en psychiatrie. Tout au plus des établissements qui font pratiquer le jeûne dans une perspective de mieux être, et notamment en Sibérie (site de la Radio-télévision belge de la Fédération Wallonie-Bruxelles (RTBF)) « Sibérie: le jeûne thérapeutique au lac Baïkal, recette russe scientifiquement prouvée » paru en août 2018 :

Aujourd’hui, pour se soigner, se détoxifier, se réinventer… plus de 1000 patients viennent pratiquer le jeûne dans sa clinique sibérienne chaque année. Des périodes de diètes de 7 à 21 jours selon les cas et les motivations.[…]

https://www.rtbf.be/info/dossier/hors-des-sentiers-battus/detail_siberie-le-jeune-therapeutique-au-lac-baikal-recette-russe-scientifiquement-prouvee?id=9992382

Nous n’avons pas trouvé d’établissements hospitaliers pratiquant cette thérapeutique pour traiter des troubles psychiatriques mais nous espérons que ces éléments d’information vous seront néanmoins utiles. Nous nous tenons à votre disposition pour toute nouvelle recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé, 
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.
<link fr au-programme lieux-ressources cite-de-la-sante questions-sante _blank>Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)



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