Questions-santé 2020 - mai

Compulsion alimentaire

Question

J'ai une compulsion à la farine et à l'avoine. Je n ai vu personne en parler sur le net, à quoi c'est dû et comment faire pour arrêter.


Réponse

Bonjour,

Vous souffrez de compulsions alimentaires. Vous aimeriez en comprendre les causes et ne savez pas comment faire pour arrêter. Vous sollicitez notre aide.

Nos recherches ne nous ont pas permis d’identifier de ressources traitant spécifiquement de l’ingestion compulsive de farine. Nous vous proposons donc des informations d’ordre général sur les troubles du comportement alimentaire.

Tout d’abord, afin de mieux comprendre ce type de pathologie, nous vous proposons la lecture d’un article rédigé par la Fondation pour la recherche médicale (FRM) :

Anorexie mentale, boulimie, hyperphagie... les troubles des conduites alimentaires sont variés mais ont pour point commun un retentissement considérable sur la vie et la santé physique et psychique des personnes qui en souffrent. Leur prise en charge nécessite la collaboration de plusieurs disciplines médicales. Psychiatrie, métabolisme, génétique... la recherche ne néglige aucune piste pour comprendre les causes et les mécanismes de ces pathologies et les meilleurs moyens de soigner les malades.
[…]
Des troubles multifactoriels
« Les TCA dépendent de facteurs individuels et socioculturels », résume le Pr Philip Gorwood, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne (Paris) et chercheur Inserm (Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris). […] D’autres facteurs de risque psychologiques peuvent intervenir comme des épisodes dé­pressifs ou des troubles de la personnalité, un perfectionnisme pathologique ou encore un stress précoce (maltraitance infantile par exemple). […] . Mais « il ne faut pas négliger la génétique, ajoute le psychiatre. Dans l’anorexie mentale, les gènes jouent un rôle prépondérant, représentant 50 à 60 % des divers facteurs de risques. » Au sein d’une équipe internationale, le Pr Gorwood a étudié le génome de près de 17 000 personnes souffrant d’anorexie mentale et vient d’identi­fier huit régions génétiques dont certaines variations sont fortement associées à ce trouble. Parmi elles, des régions qui contiennent des gènes qui contrôlent notamment le risque de dépression ou de TOC mais aussi le taux de cholestérol ou d’insuline dans le sang. Ces cher­cheurs appellent donc à redéfinir l’anorexie mentale comme un trouble métabolico­ psychiatrique. « Comme si le corps et l’esprit participaient tous deux à une perte de contrôle de l’alimentation », résume le Pr Gorwood. Des facteurs épigénétiques sont aussi très proba­blement impliqués : des événements trauma­tiques pourraient en effet modifier l’expression de divers gènes, dont certains contrôlent le développement du cerveau par exemple. Il y a deux ans, des chercheurs bordelais ont ainsi mis en évidence que, chez des rats, l’exposition dès le plus jeune âge à un régime riche en graisses modifie le système nerveux à l’âge adulte de sorte qu’il est plus vulnérable aux addictions. Enfin, autre piste explorée et non des moindres : le microbiote intestinal. En 2014, une équipe Inserm rouennaise a montré que certaines bac­téries intestinales sécrétaient des protéines pouvant entraîner une dérégulation de la prise alimentaire. En 2017, ce sont des Italiens qui ont émis l’hypothèse que des perturbations durables du microbiote pourraient être impli­quées dans l’anorexie mentale, et favoriser les rechutes.
Une prise en charge multidisciplinaire
Les TCA sont parmi les troubles psychiatriques pour lesquels il y a le moins d’études scienti-fiques sur les traitements, et leur niveau de preuve est souvent faible, explique le Pr Sébastien Guillaume, psychiatre au CHU de Montpellier. De fait, le seul consensus international qui existe recommande une prise en charge multidisciplinaire et la plus précoce possible. » En associant médecin traitant, mé­decins spécialisés (pour veiller aux systèmes digestifs et cardiovasculaires notamment), médecin psychiatre ou psychologue, médecin nutritionniste ou diététicien, l’objectif est de limiter les conséquences somatiques des TCA et les complications à long terme. Le but est aussi de comprendre les mécanismes psycho­logiques pour guérir et enrayer une évolution vers la chronicité. La dimension sociale (sco­larisation, insertion professionnelle) doit aussi être envisagée. « Pour l’anorexie mentale, il a été prouvé que les thérapies familiales sont utiles, surtout si elles sont mises en place tôt », précise le Pr Guil­laume. Les thérapies cognitives et comporte­mentales sont plutôt indiquées dans le cadre de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique. Enfin, pour l’instant, aucun médicament n’a apporté la preuve d’un intérêt thérapeutique spécifique. « L’échec de bon nombre d’études cliniques vient probablement de la difficulté à recruter des groupes de patients homogènes, explique-­t-­il. Il existe sûrement des malades chez qui telle ou telle molécule peut être intéressante, mais pour l’instant nous ne parvenons pas à les identifier. » Aujourd’hui, si traitements médicamenteux il y a, c’est uniquement pour traiter les conséquences psychologiques ou somatiques des TCA. […]
Existe-t-il des structures de soins labélisées dans la prise en charge des TCA ?
À ce jour, non. Cependant, les équipes spécialisées souhaitent la structuration officielle d’une filière de soins TCA. En 2005, nous avons créé la Fédération française anorexie boulimie (FFAB) afin de regrouper toutes ces équipes. La FFAB édite notamment un annuaire pour les professionnels de santé et les usagers. Par ailleurs, nous défendons auprès du ministère de la Santé la nécessité de créer une filière de soins spécialisée multidisciplinaire, avec une reconnaissance officielle des équipes spécialisées. Cela existe par exemple en Angleterre. C’est important car une telle filière spécialisée permettrait de mieux prendre en charge les patients et serait aussi utile pour fidéliser les équipes soignantes et préserver leurs compétences.

https://www.frm.org/upload/publications/actualites/frm159-dossier-tac.pdf

En complément sur la prise en charge, un article rédigé par l’Institut Fédératif des Addictions Comportementales (IFAC) insiste sur l’importance du médecin généraliste :

Prise en charge
Lorsqu'ils sont pris en charge, les TCA peuvent évoluer favorablement. Le dépistage et les soins doivent être réalisés le plus précocement possible. L'objectif est de prévenir la survenue de complications, et le risque d'évolution vers une forme chronique.
L'accompagnement doit être multidisciplinaire, reposant sur un partenariat psychiatres/non psychiatres. Le médecin traitant y a un rôle central.
[ …]
La prise en charge nutritionnelle et somatique aura pour objectif la renutrition, la prise en charge d'éventuelles complications physiques, ainsi que la rééducation nutritionnelle et diététique.
L'aspect psychothérapeutique visera quant à lui d'abord, à favoriser la sortie du déni, ainsi que l'adhésion aux soins. Puis les enjeux concerneront l'acceptation de la reprise pondérale, le rehaussement de l'estime de soi, la modification des schémas, fausses croyances, automatismes, susceptibles d'entretenir le trouble, l'amélioration des relations interpersonnelles... Les approches à médiation corporelle (sophrologie, relaxation, psychomotricité...) pourront avoir un grand intérêt, notamment pour aider la patiente à se réconcilier avec son corps. Des ateliers culturels peuvent compléter le dispositif ; il s’agira, par l’intermédiaire de l’art et de la fiction, de laisser se développer son imaginaire, d’éprouver des émotions, d’accéder à des représentations de soi et de pouvoir en parler avec d’autres.
Dans le cas d'antécédents traumatiques, des prises en charge spécifiques pourront être proposées.
L'entourage, la famille, joue un rôle important dans le succès de la prise en charge. Dans certains cas, une thérapie familiale est proposée.

https://ifac-addictions.chu-nantes.fr/les-troubles-du-comportement-alimentaire

Afin de vous aider à trouver une structure susceptible de vous prendre en charge dans votre région, voici le lien vers l’annuaire dont il est question dans l’article de la FRM : https://www.ffab.fr/images/mesimages/pdf/2017_ANNUAIRE_DEFINITIF.pdf

En complément, nous vous signalons l’existence d’un service d’écoute spécialisé sur les troubles alimentaires compulsifs et mis en place par la Fédération française anorexie boulimie (FFAB) :

Vous avez des questions sur les troubles des conduites alimentaires ? Posez-les à des spécialistes !
La ligne téléphonique "Anorexie Boulimie, Info écoute" est à votre disposition
0810 037 037  service 0,06€/min + prix d’un appel local.
La permanence téléphonique est assurée, de 15h* 16h à 18h, par :
Lundi : des psychologues
Mardi : des associations spécialisées TCA
Jeudi : des médecins
Vendredi : tous les spécialistes, en alternance
* à titre exceptionnel, en cette période de crise sanitaire du CoViD-19, la plage horaire est étendue d'une heure, de 15h à 16h.
NB : cette ligne d'écoute téléphonique est gérée par le Réseau TCA Francilien, grâce au soutien de la Fondation de France, de l'ARS Île-de-France et de la Mutuelle Générale de l'Education Nationale (MGEN)

https://www.ffab.fr/trouver-de-l-aide/permanence-telephonique

Vous pouvez également vous rapprocher de l’association ENFINE :

Enfine est une association loi 1901 d’intérêt général qui rassemble des personnes animées par le désir d’accueillir et de soutenir la démarche de tous ceux et celles qui s’adressent à elle, qu’elles souffrent elles-mêmes de troubles du comportement alimentaire, ou qu’elles aient dans leur entourage proche quelqu’un qui en souffre. Les bénévoles d’Enfine sont des psychologues ou des psychothérapeutes, des accueillants formés à l’écoute ou bien des personnes qui, par leur histoire, partagent les valeurs et les objectifs d’Enfine. […]

https://www.enfine.com/qui-sommes-nous/
L’association propose également une ligne d’écoute :
https://www.enfine.com/enfine-propose/#ligne-ecoute

En tant que documentalistes, nous ne pouvons aller plus loin dans notre réponse. Nous espérons que ces éléments d’information vous aideront à trouver une prise en charge adaptée et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)



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