Questions-santé 2020 - juin

Dysgueusie

Question

3 semaines près un AVC sans séquelles en octobre 2017, est apparu le symptôme de dysgueusie. Après diverses consulations, pas de réponse à cette anomalie qui envahit ma vie. Parfois, c'est une conséquence de l'AVC, parfois c'est impossible, en fait on ne sait pas très bien, mais cela ne se soigne pas, on vit avec. Ce goût, au départ citronné ou salé est devenu métallique. Merci de votre aide.


Réponse

Bonjour,

Vous avez fait un AVC en octobre 2017 avec comme seule séquelle, l’apparition d’une dysgueusie. Malgré plusieurs consultations, vous n’avez toujours pas trouvé de solution thérapeutique et souhaitez avoir notre avis.

A titre d’information générale, nous vous proposons un extrait d’un article de la revue Nutrition clinique et métabolisme (Volume 25, numéro 1, pages 24-28, février 2011) : Nutrition et troubles du goût en pratique courante / Jean-Claude Desport, Pierre Jésus, Gérard Terrier, Aude Massoulard, Jean-Vincent Bourzeix, Dominique Grouille, Bertrand Sardin, Agnès Nouhant, Monique Fort, Laurence Plouvier, Bernard Devalois, Jean-Pierre Bessède. Nous en avons extrait une liste des différentes causes de ces troubles :

Causes des troubles du goût
De très nombreuses situations peuvent provoquer des troubles du goût [1] :
• des situations physiologiques comme le vieillissement, la grossesse ou la ménopause. Les perturbations du goût survenant avec le vieillissement seraient fréquentes, débutant vers l’âge de 60 ans [9] et touchant jusqu’à plus de 80 % des personnes âgées de plus de 80 ans, contre moins de 10 % au dessous de 50 ans [10]. Elles sont expliquées par une réduction du nombre des bourgeons du goût, une diminution des connections, un ralentissement de la vitesse de renouvellement cellulaire, une possible diminution du flux salivaire [10, 11]. Chez la personne âgée, le goût salé serait le plus altéré, suivi par le goût amer, puis acide et enfin sucré [11]. La grossesse est souvent accompagnée d’une augmentation de la préférence aux aliments sucrés et salés [4]. Dans environ 2 à 5 % des cas, la ménopause peut être suivie dans les trois à 12 ans d’une hypogueusie ou d’une dysgueusie (souvent perception d’un goût amer ou métallique), accompagnée de sensations de brûlures de la langue, des lèvres ou du palais et d’une sécheresse de bouche [4, 6] Ces troubles sont décrits sous le nom de glossodynie ou burning mouth syndrome [4] ;
• de multiples traitements ont été incriminés, comme certains antibiotiques, opiacés, anesthésiques locaux, antihypertenseurs, antirétroviraux, antiépileptiques, antidiabétiques, antihistaminiques, analgésiques, anti-inflammatoires, hypocholestérolémiants, antidépresseurs et antiparkinsoniens [4, 10, 12, 13]. Il est nécessaire de rechercher la liaison entre apparition des troubles et mise en route du traitement. Les traitements du cancer sont également souvent en cause [3, 8, 13] :
  - radiothérapie de la tête et du cou, en fonction de la dose reçue, qui touche les cellules spécifiques et altère la production salivaire [1, 2, 4, 8],
  - chimiothérapies, en particulier utilisant cisplatine, carboplatine, cyclophosphamide, doxorubicine, 5-fluoro-uracile, vincristine, carmustine et méthotrexate [13, 14], du fait de l’atteinte des cellules spécifiques à vie brève [4, 14]. Pour Sanchez-Lara et al., ce sont les saveurs sucrées et amères qui sont principalement modifiées, avec une disparition dans 43 % des cas, une diminution dans 33 % des cas, une sensation de mauvais goût dans la bouche dans 57 % des cas [14] ;
• les traitements lors du cancer peuvent aussi générer des troubles du goût par le biais d’atteintes neuronales ou de mucites [8]. Au total, une revue récente de Hovan et al. indique que la prévalence des dysgueusies va de 56 à 76 % lors des radio- ou chimiothérapies [8] ;
• une mauvaise hygiène dentaire est souvent en cause (carie, atteinte parodontale, présence d’une prothèse dentaire) [4, 6] et une colonisation bactérienne ou fungique des pores des bourgeons du goût peut altérer la sensation [2] ;
• des carences en vitamines ou oligoéléments sont à l’origine de troubles du goût :
  - carences en vitamines : vitamine A, vitamine E, riboflavine (vitamine B2), niacine (vitamine PP),
acide pantothénique (vitamine B5), pyridoxine (vitamine B6), acide folique (vitamine B9), cobalamine (vitamine B12) [3],
   - carences en oligoéléments : zinc en particulier [3, 13], fer [3, 4] ;
• la consommation chronique d’alcool ou de tabac peut s’accompagner d’une hypogueusie [4, 6] ;
• une altération du transport des molécules signal par la salive joue un rôle lors d’un syndrome de Sjögren, d’une xérostomie [2, 4, 6, 13, 15] ;
• des troubles psychiatriques tels qu’un état dépressif ou un trouble du comportement alimentaire [4, 6] ont été associés aux troubles du goût ;
certaines affections du système nerveux central ont été incriminées : traumatismes crâniens, sclérose en plaques, sclérose latérale amyotrophique, épilepsie, gliome du tronc, atteinte de la corde du tympan (induisant une amertume ou l’apparition d’un goût métallique), dysautonomie faciale, paralysie faciale, lésions de la base du crâne, accidents vasculaires cérébraux centro-pontins, dissection carotidienne, séquelles de chirurgie du nerf facial ou du glossopharyngien [4, 6, 13, 16] ;
• enfin, des anomalies du goût ont été également rapportées lors du diabète (à l’origine d’une hypogueusie globale) [4, 6, 13, 15], de la cirrhose (à l’origine d’une hypogueusie au salé, au sucré et à l’acide) [4, 6, 13, 15], de la maladie de Crohn, d’une insuffisance rénale chronique (induisant une altération des goûts sucrés et acides ou la présence d’un goût métallique ou amer) [2, 3, 4, 13, 15], d’une pathologie des surrénales, d’une infection virale [2, 4, 6, 13], de la syphilis, la mucoviscidose [13], l’hypothyroïdie (à l’origine d’une hypogueusie) [3, 4, 6], en présence d’un thymome [13], d’une infection des voies respiratoires supérieures [2], d’une amylose [4, 6], de la lèpre, de la spondylarthrite ankylosante [4].

https://www.em-consulte.com/article/281329/article/nutrition-et-troubles-du-gout-en-pratique-courante

En complément, nous vous proposons de parcourir un dossier consacré à la dysgueusie sur Passeport santé, site québécois d’information médicale dont voici un extrait sur les complications et les traitements :

[…] Les complications liées à la dysgueusie
Les complications de la dysgueusie sont essentiellement liées à la perte d'appétit.
Le trouble du goût peut mener à des carences alimentaires si certains aliments deviennent difficiles à manger par le patient, et donc engendrer de nouveaux problèmes de santé.
Elle affecte également l'état mental des patients, la perte d'appétit liée à la dysgueusie étant une cause de dépression ou mal-être.
Dans les cas extrêmes, la dysgueusie mène à une perte de poids importante.
Traitement de la dysgueusie
Établir un diagnostic correct
On peut diagnostiquer une dysgueusie de manière fiable à l'aide d'appareils, tels que la gustométrie chimique et l’électro gustométrie. Ces examens utilisent des substances sucrées, acides, salées et amères pour comprendre quels capteurs gustatifs sont défaillants, et mieux traiter le problème.
Soigner la dysgueusie au cas par cas

Pour réellement retrouver le goût de tous les aliments, mieux vaut en discuter avec son médecin suite à de premiers examens (lire ci-dessus).
Au quotidien, on recommande aux patients de varier son alimentation, retrouver du plaisir en testant de nouveaux plats, de nouvelles cuissons ou des épices différentes.
On peut également agir sur la manière de manger. Prendre plus de temps, ou broyer des aliments. Il n'existe pas de recette parfaite, il importe à chacun de tester ce qui fonctionne ou non.
En termes de soins, les fumeurs ont tout à y gagner en arrêtant le tabac (qui perturbe les capteurs sensoriels). Un brossage des dents matin et soir aide également à maintenir la cavité buccale en bonne santé.
Si rien ne marche et que la dysgueusie entraîne une perte d'appétit, suivi d'une perte de poids importante, une consultation avec un diététicien ou nutritionniste est recommandée.

https://www.passeportsante.net/fr/Maux/Symptomes/Fiche.aspx?doc=dysgueusie

Peut-être pourriez-vous vous renseigner au CHU de Dijon qui accueille en son sein un Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation (CSGA) et qui mène certaines actions avec ce centre comme l’indique cette page :
https://www.chu-dijon.fr/fr/actualites/2019/10/11/journee-mondiale-tumeurs-neuro-endocrines
Voici le site internet de ce centre de recherche :
https://www2.dijon.inrae.fr/csga/

En tant que documentalistes, nous ne pouvons aller plus loin dans notre réponse. Nous espérons que ces éléments d’information vous permettront d’enrichir le dialogue avec votre médecin traitant afin qu’il vous oriente vers une structure adaptée.

Nous restons bien entendu à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.
<link fr au-programme lieux-ressources cite-de-la-sante questions-sante _blank>Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)



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