Questions-santé 2020 - septembre

Ecureuil et lèpre

Question

Par quel biais l'écureuil est-il vecteur de la lèpre si nous observons plusieurs mètres de distance ?


Réponse

Bonjour,

Vous souhaitez savoir comment l’écureuil peut transmettre la lèpre si l’on est à plusieurs mètres de distance.

A titre d’information générale, nous vous proposons de consulter un document d’Orphanet, le portail des maladies rares et des médicaments orphelins sur la lèpre et notamment les réservoirs potentiels :

Etiologie
La maladie est causée par M. leprae, une mycobactérie dont les réservoirs principaux sont les humains et certaines espèces de tatous. Le M. lepromatosis a été récemment identifié à l'origine de certains cas de lèpres lépromateuses. Des facteurs potentiels de prédisposition génétique ont été trouvés.

https://www.orpha.net/consor/cgi-bin/OC_Exp.php?Lng=FR&Expert=548

En complément, le manuel Merk (ouvrage de référence américain rédigé par des experts des différentes spécialités médicales) indique dans un article signé par Dylan Tierney, MD, MPH ( Harvard Medical School), Edward A. Nardell, MD, (Harvard Medical School) :

Physiopathologie
L'homme est le réservoir naturel de M. leprae. Les tatous sont la seule source confirmée en dehors de l'homme, bien que d'autres sources animales et environnementales puissent exister.
On pense que la transmission de la lèpre est interhumaine par les gouttelettes et les sécrétions nasales. Le contact occasionnel (p. ex., toucher simplement un malade) et un contact à court terme ne semblent pas en mesure de transmettre la maladie. Environ la moitié des sujets atteints de lèpre l'ont probablement contractée par un contact étroit, à long terme avec une personne infectée. Même après le contact avec la bactérie, la plupart des individus ne contractent pas la lèpre; les travailleurs de la santé travaillent souvent pendant de nombreuses années avec des sujets qui ont la lèpre sans contracter la maladie. La plupart (95%) des personnes immunocompétentes infectées par M. leprae ne développent pas de lèpre du fait d'une immunité efficace. Les sujets qui développent la lèpre ont probablement une prédisposition génétique mal définie.
M. leprae croît lentement (doublant en 2 semaines). La période d'incubation dure généralement de 6 mois à 10 ans. Une fois que l'infection se développe, on peut observer une dissémination hématogène.

https://www.merckmanuals.com/fr-ca/professional/maladies-infectieuses/mycobact%C3%A9rie/l%C3%A8pre

Cependant plusieurs sources confirment l’hypothèse des écureuils comme réservoir animal :

- Réunion du Groupe spécial international pour l’éradication des maladies, avril 2018. (Weekly epidemiological record, nos. 1/2, 11 january 2019) :

[…]
Selon la recherche, les réservoirs de l’infection pourraient comprendre les cas non traités, qu’il s’agisse de cas nouveaux ou de cas de rechute, les cas non identifiés, les porteurs sains du bacille (lèpre latente) et l’environnement (sol et eau). L’existence de réservoirs animaux de M. leprae a été confirmée en Amérique du Nord (tatous) et au Royaume-Uni (écureuil roux), et une transmission de la maladie à l’homme par les tatous a été observée en Amérique du Nord. L’importance relative de ces réservoirs dans la transmission n’est pas bien comprise. Le génotypage peut être utilisé pour suivre les souches de M. leprae, étudier les réseaux de transmission et évaluer le rôle des réservoirs animaux . […] p.2

https://apps.who.int/iris/rest/bitstreams/1171328/retrieve

- Histoire de la lèpre par P. BERCHE. (Revue de Biologie Médicale/N° 351 – novembre-décembre 2019)

[…] De plus, on a mis en évidence récemment que les mycobactéries de la lèpre étaient responsables de zoonoses chez le tatou à neuf bandes, chez l’écureuil roux et chez des primates en Afrique et en Asie.[…]

https://www.revuebiologiemedicale.fr/images/Biologie_et_histoire/351_BACTERIO_HISTOIRE_LEPRE.pdf

- Palethnologie de la lèpre, du IIIe millénaire avant notre ère à nos jours : une véritable question de santé publique / Mark Guillon. (Archéologie de la santé, anthropologie du soin 2019, pages 134 à 144) :

[…] Le vecteur principal de la maladie est l’homme ; on a cependant récemment mis en évidence la présence du bacille chez l’écureuil et le tatou à neuf bandes ainsi que celle de bactéries de la même famille chez les bovins et les chats.
Pour être infecté, un humain doit être au contact du bacille de manière répétée, ce qui explique que l’on puisse imputer le développement de la lèpre à la généralisation des regroupements humains à partir de la sédentarisation au Néolithique puis à l’urbanisation croissante et à la « révolution commerciale ». Un autre transmetteur de la maladie pourrait être la malnutrition des populations, mais les vecteurs de la lèpre sont encore un objet de discussion. C’est en fait une maladie peu contagieuse qui est transmise lors de contacts étroits et répétés avec des sujets atteints et non traités. L’incubation varie de dix-huit mois à cinq ans, mais les symptômes peuvent mettre vingt ans à apparaître…

https://www.cairn.info/archeologie-de-la-sante-anthropologie-du-soin--9782348045776-page-134.htm#

Concernant le mode de transmission à l’homme, il s’agit de gouttelettes, comme le rappellent l’Institut Pasteur et l’OMS :

« Cause
L’agent infectieux responsable de la lèpre est la bactérie Mycobacterium leprae. Cette dernière semble être transmise par des gouttelettes d’origine nasale lors de contacts étroits et fréquents avec des personnes infectées et non traitées.

https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/lepre

La lèpre est provoquée par un bacille à croissance lente, Mycobacterium leprae, se transmettant par les gouttelettes d’origine buccale ou nasale de patients sévèrement atteints. Elle n’est pas très contagieuse. En l’absence de traitement, elle peut entraîner des lésions nerveuses aboutissant à une faiblesse et à une atrophie musculaires, ainsi qu’à des incapacités définitives.
On peut facilement traiter la lèpre au moyen de la polychimiothérapie pendant 6 à 12 mois. Ce traitement très efficace a peu d’effets secondaires. On observe très peu de rechutes et il n’y aucune résistance connue.

https://www.who.int/topics/leprosy/fr/

Nous espérons que ces informations vous seront utiles. En tant que documentalistes nous ne pouvons remplacer l’avis d’un vétérinaire ou d’un biologiste spécialisé sur la lèpre qui seuls pourraient vous apporter une réponse précise.

Nous restons bien entendu à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

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www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/cite-de-la-sante/



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