Questions-santé 2020 - octobre

Conséquences neurobiologiques d'un événement traumatique

Question

Avez-vous des ouvrages ou des articles concernant les conséquences neurobiologiques d'un évènement traumatique ? Je travaille sur les violences sexuelles chez les adolescents et je cherche à me documenter sur les effets chimiques que le traumatisme (Stress post traumatique, dissociation, mémoire traumatique ...) peut avoir sur le cerveau et aussi les conséquences que cela peut avoir dans la vie de tous les jours.


Réponse

Bonjour,

Vous recherchez de la documentation sur les conséquences neurobiologiques liées à un évènement traumatique et tout particulièrement les violences sexuelles subies par des adolescents.

Le Formathon, congrès de médecine générale de la région nord proposé en mars 2019 avait pour thème : Les psychotraumatismes : un problème majeur de santé publique.

[…]
Des troubles neuro-biologiques
Récemment, des altérations épigénétiques ont également été mises en évidence chez des victimes de violences sexuelles dans l’enfance, avec la modification d’un gène (NR3C1) impliqué dans le contrôle des réponses au stress et de la sécrétion des hormones de stress (adrénaline, cortisol), altérations qui peuvent être transmises à la génération suivante.
L’impact des violences chez les victimes est non seulement psychologique avec des troubles psychotraumatiques très fréquents, mais également neuro-biologique, (avec des atteintes de circuits neurologiques et des perturbations endocriniennes des réponses au stress).
Une étude récente menée par une équipe de chercheurs internationaux (allemands, américains et canadiens), et publiée début juin 2013 dans l'"American Journal of Psychiatry", a mis en évidence des modifications anatomiques visibles par IRM de certaines aires corticales du cerveau de femmes adultes ayant subi dans l’enfance des violences sexuelles. Ces aires corticales qui ont une épaisseur significativement diminuée par rapport à celles de femmes n’ayant pas subi de violences sont celles qui correspondent aux zones somato-sensorielles des du corps ayant été touchées lors des violences. […]

https://formathon.fr/Formathon/557/les-psychotraumatismes

La Fondation pour l’enfance a réalisé en mars 2015 une étude intitulée Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte : déni de protection, de reconnaissance et de prise en charge : enquête nationale auprès des victimes pour l’association Mémoire traumatique et victimologie dont voici un extrait :

Ces troubles psychotraumatiques sont des conséquences normales des violences, qui génèrent non seulement des blessures psychiques mais également neurologiques avec des dysfonctionnements importants des circuits émotionnels et de la mémoire, des atteintes de certaines structures corticales visibles sur des IRM  et des modifications épigénétiques - qui sont heureusement réversibles grâce à la neuroplasticité du cerveau si la victime bénéficie de soins appropriés et d’un contexte bienveillant et sécurisant .
Ces troubles sont pathognomoniques, c’est-à-dire qu’ils sont spécifiques et qu’ils sont une preuve médicale du traumatisme. Il s’agit d’une réponse universelle, présente chez toutes les victimes dans les jours et les semaines qui suivent un traumatisme. Ils ne sont pas liés à la victime mais avant tout à la gravité de l’agression et à l’intentionnalité destructrice de l’agresseur — la vulnérabilité de la victime, le fait qu’il s’agisse d’un enfant par exemple, pouvant les aggraver.
Ces troubles psychotraumatiques sont générés par des situations de peur et de stress extrêmes provoquées par les violences
|…].
Que se passe-t-il lors des violences sexuelles ?
Lors de violences inconcevables telles que les violences sexuelles, des mécanismes de survie neuro-biologiques se déclenchent chez la victime pour échapper au risque psychologique, cardiologique et neurologique provoqué par une terreur et un stress extrême impossibles à contrôler par le cerveau, du fait d’un état de sidération et de paralysie psychique de celui-ci . Cet état de sidération, qui peut empêcher la victime de crier, de réagir et de se débattre, est provoqué par le caractère insensé, inconcevable et terrorisant des violences, c’est une réaction neuro-psychique normale et universelle. Ces mécanismes de survie, qui se déclenchent en vue d’échapper au stress extrême, sont assimilables à une disjonction — avec la production par le cerveau de drogues dures endogènes proches d’un cocktail morphine-kétamine — du circuit émotionnel et de la mémoire qui «éteint» le stress et entraîne un état dissociatif accompagné d’une anesthésie émotionnelle .
Cet état dissociatif provoque la sensation d’être absent, déconnecté, et spectateur de la situation, comme indifférent. La disjonction est également à l’origine de troubles mnésiques, par interruption des circuits d’intégration de la mémoire, provoquant des amnésies partielles ou complètes et surtout une mémoire traumatique.
[…]
Cette mémoire traumatique est une mémoire émotionnelle des violences, contenue dans l’amygdale cérébrale, qui n’a pas pu être intégrée par l’hippocampe en mémoire autobiographique, celui-ci étant alors déconnecté. Elle contient non seulement les violences, leur contexte, les émotions, les douleurs et les sensations ressenties par la victime, mais également l’agresseur, sa mise en scène, ses paroles, sa haine, son mépris, son excitation. Tout y est mélangé, sans identification, ni tri, ni contrôle possible.
Au moment des violences, cette indifférenciation empêchera la victime de faire une séparation entre ce qui vient d’elle et de l’agresseur. Elle pourra à la fois ressentir une terreur qui est la sienne, associée à une excitation et une jouissance perverses qui sont celles de l’agresseur.
De même, il lui sera impossible de se défendre des phrases mensongères et assassines de l’agresseur : « tu aimes ça », « c’est ce que tu veux », « c’est ce que tu mérites ». Elles s’installeront telles quelles dans l’amygdale cérébrale où la mémoire traumatique restera piégée après les violences.
La mémoire traumatique s’apparente donc à une véritable torture : elle fait revivre à l’identique lors de réminiscences - des flash-backs et cauchemars qui envahissent le psychisme - les scènes de violences et la mise en scène de l’agresseur, avec les mêmes émotions (terreur, détresse, douleurs, sentiment de n’avoir aucune valeur, d’être nié, de n’avoir a ucun droit, d’avoir mérité ces violences, etc.), comme une machine infernale à remonter le temps.
[…] » ( p. 50, p.52)

https://www.fondation-enfance.org/wp-content/uploads/2016/10/memoire-traumatique-victimologie_impact_violences_sexuelles.pdf

En complément, nous vous proposons des ressources pour aller plus loin sur cette thématique :

- l’association Mémoire Traumatique et victimologie a publié les résultats de l’enquête « Violences sexuelles dans l’enfance, enquête auprès des victimes » conduite du 10 au 18 septembre 2019 par Ipsos dont voici un extrait (pp.11-12) :
https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/campagne2019-Ipsos2/20191007-Dossier-de-presse.pdf

- sur le site Cairn.info, spécialisé dans les sciences humaines et sociales, voici un article publié in Psychologie clinique et projective (2004/1, n° 10, pp. 113-146) et intitulé Adolescents auteurs et adolescents victimes de violence sexuelle : une continuité des processus ?
https://www.cairn.info/revue-psychologie-clinique-et-projective-2004-1-page-113.htm

Enfin vous pouvez consulter le catalogue de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie en interrogeant avec violence sexuelle, abus sexuel…
https://cite-sciences-primo.hosted.exlibrisgroup.com/primo-explore/search?vid=33CSI_VU1&lang=fr_FR

Nous espérons que ces informations vous seront utiles et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé            
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/cite-de-la-sante/



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