L'exposition
Parcours de l'exposition
À l’entrée de l’exposition, une fresque composée de trois écrans LCD, inspirée des observations du télescope Euclid, capte immédiatement le regard. Les cassures et accidents de surface produisent des formes qui évoquent les structures invisibles de l’Univers, notamment l’énergie sombre que ce programme scientifique tente de comprendre. Ce geste de destruction, récurrent dans le travail de Gillian Brett, ne nie pas l’image : il la transforme en phénomène. Chaque point lumineux que l’on découvre renvoie à une étoile bien réelle, qu'elle fait apparaître en perçant la surface de l’écran.
L’installation se prolonge par une interprétation du catalogue de Messier, présentée sous la forme d’un ensemble d’écrans fragmentés. Conçu au XVIIIe siècle pour distinguer les comètes des objets diffus du ciel, ce catalogue est né d’une erreur d’observation : Charles Messier a confondu la comète de Halley avec la nébuleuse du Crabe. Ce malentendu fondateur devient ici un point de bascule : entre observation, réalité et projection, l’artiste en propose une lecture qui se complétera dans le temps long de son travail à venir.
En regard de ces images, une fresque réalisée à partir de circuits imprimés propose une carte céleste fonctionnelle des objets de Messier. Les tracés du cuivre reprennent les logiques de repérage astronomique (numérotation, orientation, cartographie du ciel profond), tout en les transposant dans un vocabulaire électronique. Ils établissent ainsi un parallèle entre les réseaux d’information des outils numériques que nous utilisons quotidiennement et les structures cosmiques. Des zones de vert-de-gris y dessinent la Voie lactée. L’artiste obtient cet effet grâce à un procédé d’électrolyse : les plaques de la fresque sont plongées dans une solution saline, et les ions de cuivre, mis en mouvement par un courant électrique, migrent lentement de la surface pour venir se déposer ailleurs dans la salle, sur un ensemble de supernovas modélisées en trois dimensions.
Démarche de l'artiste
Dans l’Univers, les supernovas jouent un rôle fondamental de diffusion de la matière : lors de leur explosion, elles libèrent les éléments chimiques qui les composent, les dispersant dans le milieu interstellaire. Cette « pollinisation » cosmique trouve ici un écho dans le processus électrochimique mis en œuvre par l’artiste : le cuivre circule, se dépose, transforme les surfaces. Issus de données astrophysiques, les objets stellaires dévoilés par l'artiste matérialisent des phénomènes habituellement réduits à l’image. Leur présence physique répond aux écrans du catalogue de Messier : de l’explosion de l’écran à l’explosion de l’étoile.
Cette réflexion s’étend à des enjeux contemporains, notamment celui des « méga-constellations » de satellites. Pensées pour assurer une couverture internet globale, ces infrastructures dessinent une nouvelle couche artificielle autour de la Terre : un ciel saturé d’objets techniques, produisant à la fois pollution lumineuse, interférences et impacts environnementaux encore largement sous-estimés. Dans ce contexte, Écran total peut être lu comme l’image d’un dôme technologique en orbite, où la promesse de connexion généralisée transforme radicalement notre accès au réel.
Écran total met ainsi en crise l’idée d’un accès direct au monde. Ici, le ciel ne se contemple plus : il se révèle par l’entremise des écrans et se recompose dans les circuits mêmes qui organisent désormais toute notre perception de l’infini.
Biographie de Gillian Brett
Gillian Brett est née à Paris en 1990. Elle vit et travaille à Marseille.
Gillian Brett se consacre à l'analyse de la relation entre l'être humain et la technologie, en s'intéressant aux différentes manières dont celle-ci façonne et influence inévitablement le monde qui nous entoure. Ses objets et installations interrogent avec poésie notre rapport au progrès et ses dérives, mettant en lumière les failles d’une société industrielle dépendante de la technologie.
Diplômée de la Villa Arson à Nice, Gillian Brett obtient une bourse de l’Institut de France et poursuit ses études au Goldsmiths College de Londres. Là, son travail prend une
dimension plus critique. Elle se penche sur les écrans LCD (à cristaux liquides) mis au rebut et s’intéresse à la philosophie des techniques et à l’écologie radicale, influencée par Günther Anders, Jacques Ellul et Bernard Charbonneau. Elle participe ensuite à plusieurs résidences à travers le monde et son travail est exposé dans de nombreuses institutions internationales, comme le KW à Berlin, le Munch Museum à Oslo, la Kunsthal Charlottenborg à Copenhague ou encore la Fondation Van Gogh à Arles. Elle a reçu plusieurs distinctions, dont le prix Villa Noailles des Révélations Emerige, le Prix Dauphine pour l’Art contemporain et le Xiaomi Award d’Artissima.
Informations pratiques
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15 € | 12 € | Conditions tarifaires
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Conseillée à partir de 9 ans
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Exposition bilingue (français, anglais)
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Ouverture de 10 h à 18 h du mardi au samedi et de 10 h à 19 h le dimanche
Accessibilité
- Accessible aux visiteurs à mobilité réduite
Préparez votre visite
Des ascenseurs permettent d'accéder à cet espace d’exposition (niveau 2). Les poussettes de petites tailles sont autorisées dans le musée.
