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Covid-19

Question

En mars 2020, j'ai eu tous les symptômes du Covid-19 (fièvre, perte de gout, douleurs, essoufflement, perte de 4kg de poids) sur 5 jours, puis une grande fatigue pendant plusieurs semaines. En novembre 2020 (8 mois après) j'ai fait un test sérologique qui a diagnostiqué que je n'avais pas été infectée par le virus. Peut-il y avoir erreur ?


Réponse

Bonjour,

Vous avez eu tous les symptômes de la Covid-19 en mars 2020. En novembre 2020, vous avez réalisé un test sérologique qui s’est révélé négatif. Ce résultat vous étonne et vous souhaitez avoir des explications.

Afin de vous apporter des éléments de réponse, nous vous proposons tout d’abord la lecture d’articles qui traitent de la persistance des immunoglobulines (anticorps) dans le sang après l’infection.

Ainsi, un article du 21 octobre 2020, du journaliste scientifique du Monde, Marc Gozlan, précise :

 Persistance des anticorps IgG au-delà de trois mois
Les taux en anticorps IgG ont diminué lentement sur une période de 90 jours. Durant cette période, les IgG n’ont plus été détectables que chez trois patients .[…]
Une association entre la sévérité de la maladie Covid-19 et la cinétique de la réponse en anticorps a été observée. Les patients Covid-19 dont l’état clinique avait nécessité une admission en réanimation ont en moyenne développé des anticorps quatre jours avant les autres. De même, les concentrations moyennes en anticorps IgG étaient plus élevées chez les patients admis en réanimation que chez ceux présentant des formes moins sévères, ce que des études antérieures avaient également montré. Par ailleurs, les patients masculins ainsi que ceux d’un âge inférieur à 65 ans ont développé des anticorps plus rapidement que les autres patients. […]
Quid de la persistance de la réponse en anticorps à plus long terme ?
Il reste évidemment à évaluer la persistance de la réponse en anticorps et sa capacité de neutralisation à plus long terme [3]. Il importe donc de savoir si elle peut protéger d’une infection ultérieure par le SARS-CoV-2. En effet, rappelons-le, le taux des anticorps décline après la phase aiguë de l’infection car les cellules productrices d’anticorps (plasmablastes dérivés des cellules B) n’ont qu’une courte durée de vie. L’organisme conserve cependant une mémoire immunologique sous la forme d’un petit contingent cellulaire de cellules B qui, lui, persiste dans l’organisme (de même que des lymphocytes mémoires T CD4 spécifiques du virus).
[…]
Il convient d’avoir à l’esprit que l’immunité protectrice ne repose pas exclusivement sur les anticorps neutralisants. En effet, en l’absence d’autres marqueurs biologiques renseignant sur la réponse immunitaire vis-à-vis du virus, les taux en anticorps neutralisants sont devenus d’incontournables indicateurs immunologiques en matière de protection vaccinale. Le développement d’anticorps dirigés contre la protéine S est ainsi à la base de la stratégie utilisée par toutes les équipes travaillant à la conception et la mise au point d’un vaccin contre la Covid-19. […]

https://www.lemonde.fr/blog/realitesbiomedicales/2020/10/21/covid-19-nouvelles-donnees-sur-la-persistance-des-anticorps-anti-sars-cov-2/

Sur le site d’information The Conversation, une interview du Pr Samira Fafi-Kremer, cheffe de service du laboratoire de virologie des hôpitaux universitaires de Strasbourg le 06 janvier 2021, nous apprend :

The Conversation : Vos travaux suggèrent qu’il est possible d’avoir été en contact avec le coronavirus SARS-CoV-2 sans produire d’anticorps. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Samira Fafi-Kremer : Tout a débuté après plusieurs témoignages de personnes en couples relatant qu’elles-mêmes et leurs partenaires avaient développé des symptômes évocateurs de Covid-19 durant le premier confinement, mais que les résultats des tests sérologiques étaient positifs pour l’un, et négatifs pour l’autre. Ces tests visent à mettre en évidence la présence d’anticorps dirigés contre le coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la maladie (cette présence témoigne d’un contact avec le virus).

Comment expliquer cette présence de symptômes évocateurs de la Covid-19, mais l’absence d’anticorps ?
Pour le comprendre, nous avons recruté 11 couples présentant une telle « sérodiscordance ». La plus jeune de ces 22 personnes avait 38 ans, la plus âgée 65, et l’âge médian était de 49 ans. Dans chacun de ces couples, un des partenaires – appelé cas index – avait eu la Covid-19 (confirmé par test PCR pour 8 d’entre eux), avec des symptômes. L’autre membre du couple était considéré comme un cas contact, car vivant sous le même toit, sans quarantaine ni application de mesures barrières. À l’exception d’un couple, tous ont vécu normalement, pris leurs repas ensemble, etc. Qui plus est, cela s’est passé durant le confinement, donc à un moment où ils vivaient quasiment 24 h sur 24 dans le même lieu clos. Des conditions idéales pour la contamination.
Et justement, six partenaires de « cas index » ont développé des symptômes dans les sept jours suivant ceux du cas index du couple, ce qui était compatible avec une infection. Cependant les tests sérologiques se sont avérés négatifs.
Cela m’a rappelé ce que j’avais constaté en travaillant sur l’hépatite C : certains personnels hospitaliers exposés au virus avaient des sérologies négatives pour le virus de l’hépatite C, mais une réponse cellulaire positive.
TC : Pourriez-vous nous expliquer brièvement ce que cela signifie ?
SF-K : Quand on est infecté, la première ligne de défense de notre organisme est constituée par la réponse immunitaire innée, immédiate. Elle se met en place durant les premières heures après l’infection, et n’est pas spécifique de l’envahisseur. Schématiquement, elle se caractérise par la production d’interféron de type I à la fois par les cellules de la muqueuse du nez et du pharynx notamment et par des cellules immunitaires appelées cellules dendritiques. L’interféron de type I est un puissant antiviral. Dans le même temps, des mécanismes inflammatoires se mettent aussi en place, qui jouent aussi un rôle pour ralentir la progression virale.
Cette première réponse laisse le temps à notre corps de mettre en place une seconde ligne de défense, qui va reconnaître spécifiquement l’envahisseur : la réponse immunitaire adaptative. En gros, celle-ci repose sur d’autres cellules immunitaires, les lymphocytes, qui sont globalement de trois types : les lymphocytes T CD8, qui détruisent directement les cellules infectées (on parle de réponse cellulaire), les lymphocytes B, qui produisent des anticorps (on parle de réponse humorale) et les lymphocyte T CD4, qui vont aider les autres lymphocytes à réagir.
TC : Donc théoriquement on peut imaginer que l’organisme parvienne à se débarrasser du coronavirus sans recourir aux anticorps ?
SF-K : Oui, effectivement. Lorsque nous avons vérifié la réponse des lymphocytes T des partenaires qui avaient eu des symptômes mais étaient séronégatifs, on a constaté que chez plusieurs d’entre eux, elle était du même type que celle de leur partenaire « cas index ». Cela signifie qu’ils ont probablement été exposé au virus. Leur réponse T a peut-être été tellement efficace qu’elle a éliminé le virus, ou qu’ils n’ont eu besoin que de peu d’anticorps pour y parvenir, lesquels sont en quantité si faibles qu’ils n’ont pas pu être détectés ou ont disparu rapidement ensuite.
Reste le cas des patients symptomatiques qui n’ont ni anticorps, ni réponse cellulaire T significative. Chez eux, on peut imaginer que la réponse immunitaire innée, immédiate, a suffi à éliminer le virus. Ils n’auraient donc pas eu besoin de déclencher le reste du processus. […]

https://theconversation.com/covid-19-pourquoi-une-infection-par-le-sars-cov-2-nest-pas-toujours-synonyme-dun-test-serologique-positif-152748

Concernant la fiabilité des tests, nous vous proposons de lire les informations données le 9 octobre 2020, par le site Prescrire (site dont l’objet est « d'apporter aux professionnels de santé, et grâce à eux, aux patients, les informations claires, synthétiques et fiables dont ils ont besoin, en particulier sur les médicaments et les stratégies diagnostiques et thérapeutiques. […] Prescrire est financé à 100 % par les abonnés, sans aucune ressource publicitaire ni subvention. ») : 

Tests sérologiques de type Elisa : témoins d'un contact plus ou moins ancien avec le virus. La mise en évidence d'anticorps dirigés contre le Sars-CoV-2 repose en général sur des tests sérologiques de type Elisa (de l'anglais enzyme-linked immunosorbent assay), effectués en laboratoire de biologie médicale à partir d'un prélèvement sanguin veineux. Leur résultat, obtenu en 1 à 5 heures, est en général qualitatif : présence ou absence d'anticorps. Les tests qui distinguent la présence d'immunoglobulines IgM et IgG permettent d'estimer le stade de l'infection par le Sars-CoV-2 : la présence d'IgM témoigne en général d'une infection en cours ou récente, alors que la présence isolée d'IgG caractérise une infection ancienne. En général, les anticorps dirigés contre le Sars-CoV-2 ne sont pas détectables avant 7 à 10 jours d'infection (1,11).
En soins de premiers recours, les tests sérologiques de type Elisa sont surtout utiles pour rechercher une infection récente ou ancienne par le Sars-CoV-2 :

  • à partir du 14e jour qui suit la survenue de symptômes très évocateurs de covid-19, même en cas en cas de premier test RT-PCR négatif ;
  • à partir du 20e jour qui suit une exposition à risque avec une personne infectée, en l'absence de survenue de symptôme chez la personne testée (2).

Au 8 octobre 2020, les 37 tests sérologiques commercialisés en France ont été validés par le CNR selon les préconisations de la HAS : sensibilité d'au moins 80 % et spécificité d'au moins 99 % pour la détection du Sars-CoV-2 (3).
Tests sérologiques de type TROD : une évaluation insuffisante.
Des TROD sérologiques reposent eux aussi sur la détection d'anticorps dirigés contre le Sars-CoV-2, mais à partir d'un prélèvement de sang capillaire. Ils sont réalisables par exemple à l'officine ou sur le lieu de vie d'un patient. Ils ont été très peu évalués pour le diagnostic ou le dépistage de covid-19. Selon un rapport d'évaluation de la HAS du 14 mai 2020, l'utilisation de TROD sérologiques est envisageable principalement chez les patients ayant de grandes difficultés à se rendre dans un laboratoire de biologie médicale, à condition que la sensibilité de ces tests dépasse 90 % et leur spécificité 98 % pour la détection du Sars-CoV-2. Pour confirmation, un test sérologique effectué dans un laboratoire de biologie médicale est recommandé si le résultat d'un TROD sérologique est positif, et souhaitable s'il est négatif, ce qui limite l'utilité de ces TROD sérologiques en pratique (12).
Au 8 octobre 2020, il n'a pas été rendu publique de liste des TROD sérologiques répondant aux conditions fixées par la HAS pour la détection d'anticorps dirigés contre le Sars-CoV-2.

https://www.prescrire.org/fr/203/1845/60131/0/PositionDetails.aspx

A la lecture de ces documents, vous comprendrez qu’une réponse unique pour expliquer votre test négatif n’est pas possible.

Par ailleurs, ces informations n’ont pas vocation à être exhaustives et ne peuvent suffire à expliquer vos résultats. Seul un médecin, connaissant vos antécédents médicaux sera en mesure de vous apporter une réponse adaptée à votre situation. Nous vous conseillons donc d’échanger à ce propos avec votre médecin traitant.

Nous espérons que ces éléments d’information vous aideront à enrichir le dialogue que vous aurez avec votre médecin et restons bien entendu à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.
Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)

Réponse du 12/02/21



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