Questions-santé 2019 - novembre

Dépendance en cas de perte de mémoire

Question

Bonjour, j’aimerais si possible savoir si quelqu’un qui a perdu la mémoire et qui était dépendant à quelque chose, le reste si elle se souvient qu’elle l’était avant.


Réponse

Bonjour,

Vous voulez savoir si une personne dépendante à une substance (supposons-nous) et qui a subi une perte de mémoire, peut « oublier » sa dépendance.

Pour commencer, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) vous explique le fonctionnement de la mémoire et notamment les causes de ses troubles :

Les multiples troubles de la mémoire
Certaines situations entraînent des incapacités sévères et des amnésies durables
. Les causes possibles sont :
- un traumatisme physique entraînant des lésions cérébrales
- un accident vasculaire cérébral hémorragique ou ischémique
- une tumeur du cerveau
- ou encore une dégénérescence neuronale comme la maladie d’Alzheimer
Dans d’autres cas, les troubles sont moins sévères et le plus souvent réversibles. Les causes possibles sont :
- des maladies mentales comme la dépression
-
le stress et l’anxiété, ou la fatigue
- un événement traumatisant (deuil)
- des effets indésirables de médicaments comme des somnifères, des anxiolytiques (d’autant plus fréquent que la personne est âgée)
- l’usage de drogues

- Les troubles de la mémoire ont différentes origines biologiques, comme un déficit en certains neuromédiateurs ou une faible connectivité entre les réseaux cérébraux.
Les manifestations de ces troubles sont extrêmement variables selon leur origine et les localisations cérébrales des processus pathologiques. […]

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/memoire

Au sujet des dépendances et addictions, l’Inserm vous explique les mécanismes qui les provoquent :

Des risques individuels et environnementaux à l’addiction
La survenue d’une addiction repose sur trois composantes : l’individu, le produit et l’environnement.
Chaque individu est plus ou moins vulnérable à l’addiction et une part de cette vulnérabilité est d’origine génétique. Elle reposerait sur des associations variées d’altérations affectant de nombreux gènes, chaque modification étant par elle-même inopérante. Parmi ces gènes, certains sont impliqués dans le système dopaminergique. Ainsi, l’allèle A1 du gène du récepteur à la dopamine DRD2 semble constituer, au moins pour certains, un facteur de risque d’addiction via la " recherche d’expériences " au sens large et des comportements impulsifs ou compulsifs.
Ces variations génétiques expliquent aussi en partie la variabilité des effets ressentis par chacun face à une drogue. Des sensations agréables et des effets positifs sur le fonctionnement psychique (désinhibition, oubli des problèmes, amélioration des performances…) sont une incitation à renouveler l’expérience. Une tolérance spontanée élevée avec des effets positifs et modérés est également favorable à l’émergence d’une addiction.
Sur le plan des comportements, les personnes montrant de l’anxiété, un caractère introverti ou encore une tendance dépressive, chez qui les psychotropes (en particulier l’alcool) vont améliorer le fonctionnement psychique, ont un risque accru de dépendance. C’est également le cas chez des personnes avides de sensations fortes.
L’observation par IRM du cerveau de personnes dépendantes montre une hypoactivation des régions corticales frontales et une hyperactivation des régions impliquées dans la motivation, la mémoire, le conditionnement et les émotions. Mais il n’est pas clairement établi si cette dérégulation fonctionnelle est une prédisposition qui précède le développement de l’addiction, ou si elle résulte simplement de la consommation chronique de drogue.
Des facteurs environnementaux sont également impliqués, notamment la disponibilité du produit. Par exemple, le principal facteur de risque de dépendance au tabac est d’avoir grandi au sein d’un foyer de fumeurs, ce qui facilite l’accès au tabac. De même que l’addiction au cannabis est fortement associée au fait d’avoir eu des amis fumeurs au moment de l’adolescence.
Enfin, l’âge de début de consommation joue également un rôle. L’initiation précoce est responsable d’une vulnérabilité accrue. Commencer à consommer de l’alcool au début de l’adolescence multiplie par dix le risque de devenir alcoolo-dépendant à l’âge adulte, par rapport à une initiation plus tardive vers l’âge de 20 ans.

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/addictions

Enfin la Fédération pour la recherche sur le cerveau vous explique comment le cerveau réagit en état de dépendance ou d’addiction et vous apporte des précisions dans la rubrique « Comment éviter les pièges de l’addiction ? » :

S’il existe des traitements qui marchent, le risque de rechute reste élevé pour une personne accro : même des années après l’arrêt de la consommation, le cerveau se souvient des sensations positives, de la récompense qu’il a reçue – ce qui rend la personne accro fragile. Aussi la prévention joue-t-elle un rôle primordial. Elle permet de sensibiliser le grand public afin d’éviter l’exposition aux comportements les plus à risques. Elle apporte des connaissances plus approfondies sur cette véritable maladie neurologique, et à terme, une prise de conscience de ses conséquences parfois dramatiques.

https://www.frcneurodon.org/comprendre-le-cerveau/le-cerveau-malade-et-ses-maladies-neurologiques/les-addictions/?cn-reloaded=1

Ainsi vous comprendrez que la réponse à votre question est complexe et repose sur le degré de dépendance et le type d’amnésie qui affectent la personne concernée.

De plus, comme le confirme notre partenaire le Psycom (organisme public qui lutte contre la stigmatisation de la maladie mentale), la dépendance ne dépend pas de la mémoire, mais du circuit de la récompense.

Le Psycom vous suggère de contacter le site Addict Aide, site très complet qui comporte un Forum en ligne sur lequel vous pourrez poser votre question à des professionnels des addictions.
https://www.addictaide.fr/

Nous espérons que ces informations vous permettront de mieux comprendre la problématique et nous nous tenons à votre disposition pour toute nouvelle recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Question-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)



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