Questions-santé 2020 - décembre

Alimentation et perturbateurs endocriniens

Question

Quelle place et quel rôle prend l'alimentation dans l'exposition aux perturbateurs endocriniens ?


Réponse

Bonjour,

Vous voulez connaître le rôle de l’alimentation dans l’exposition aux perturbateurs endocriniens.

Pour rappel, sur le site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), voici une définition des perturbateurs endocriniens (Les Cahiers de la recherche n°13, juil. 2019) : 

Certaines substances chimiques, y compris contenues dans des produits de consommation courante, sont capables d’interagir avec la régulation hormonale des êtres vivants, et susceptibles d’entraîner des effets néfastes sur la santé.
Elles sont connues sous le nom de « perturbateurs endocriniens » (PE). L’interférence concerne (ou peut affecter) toutes les grandes fonctions des organismes vivants : croissance, reproduction, comportement, nutrition, métabolisme, système nerveux… Chez certaines espèces animales, elle peut aussi provoquer d’autres effets comme le changement de sexe ou le changement de comportement chez les abeilles. […]  (p.5)

On peut d’ailleurs y apprendre qu’une étude est en cours sur les conséquences de pesticides sur l’alimentation dans le cadre de dysfonctionnement thyroïdien :

Le projet de recherche : Thyrogenox
Dans son rapport de 2016 sur les résidus de pesticides dans l’alimentation, l’EFSA indique que les résidus de pesticides détectés dans l’alimentation européenne se situent dans les limites autorisées par la législation de l’UE :
 

  • 96,2% des échantillons des pays déclarant63 ;
  • 98,1% des échantillons d’aliments destinés aux nourrissons et aux enfants en bas âge. Si les risques alimentaires liés à ces niveaux de résidus de pesticides semblent faibles, des incertitudes persistent. Le programme Thyrogenox vise à déterminer si ces niveaux peuvent ou non constituer un réel péril pour la population, notamment pour les jeunes enfants.

[…]

Résultats préliminaires Plus de 40 pesticides ont déjà été testés in vitro. Pour l’instant, aucune des substances testées n’a d’activité reproductible à faible concentration sur tous les tests. Toutefois, des effets significatifs ont été observés dans une partie des tests, qui justifient la poursuite du projet in vivo. (pp.23-24)

https://www.anses.fr/fr/system/files/CDLR-mg-PerturbateursEndocriniens13.pdf

A titre d’information générale, l’Institut national du cancer donne des conseils de précaution pour réduire son exposition aux perturbateurs endocriniens, notamment dans l’alimentation (sept. 2019) :

Des molécules soupçonnées d’avoir un potentiel effet de perturbateur endocrinien sont présentes dans notre environnement quotidien et notamment dans :

  • l'air ;

  • l'eau ;

  • les aliments : pesticides dans l’alimentation, additifs alimentaires, migration de substances depuis les ustensiles de cuisine et emballages alimentaires (barquettes en plastiques, canettes, conserves, bouteille d’eau, vaisselle en carton.), contamination des sols de cultures par les pesticides, résidus d’hormones dans la viande (c’est-à-dire des traces des substances administrées aux animaux) …

  •  les cosmétiques, les jouets, les textiles, les produits d’entretien ;

  •  certains médicaments.

[…]

Par précaution, il existe de nombreux gestes simples et économiques permettant de réduire l’exposition et l’imprégnation de l’organisme aux perturbateurs endocriniens, selon les différentes voies d’exposition.

Les nouveaux repères nutritionnels de Santé publique France recommandent désormais de :

  • privilégier les aliments d’origine biologique ;
  • privilégier le « fait maison » en utilisant des produits frais ou des aliments surgelés non préparés comme des légumes nature ou des filets de poisson nature ; 
  • éviter les plats préparés et les autres produits ultra-transformés comme les biscuits, les barres chocolatées, les encas sucrés et salés, les sodas. En plus d’être gras, sucrés ou salés, ces produits contiennent de nombreux additifs (colorants, émulsifiants, conservateurs, exhausteurs de goût, arômes…) ;
  •  ne pas consommer plus de deux fois par semaine du poisson du fait de leur haute teneur en polluants et métaux lourds et varier les espèces de poissons consommés (limiter sa consommation d’anguille, barbeau, brème, carpe, silure). 

De plus, il convient, par précaution, d’éviter de faire chauffer des aliments dans des contenants en plastique ou de mettre des aliments chauds dans de tels contenants.

https://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Reduire-les-risques-de-cancer/Environnement/Les-perturbateurs-endocriniens

L’Association Réseau environnement santé donne des chiffres dans un Communiqué de presse (28/09/17) intitulé : Perturbateurs Endocriniens : le Parlement Européen s’oppose à la Commission Européenne :

[…]
Au moment où se tiennent les Etats Généraux de l’Alimentation, c’est un signal qui est envoyé au gouvernement français, dont le changement de position avait permis à la Commission de maintenir sa position. Le modèle alimentaire du 21ème siècle doit se construire en prenant en compte les enjeux sanitaires.
« On ne peut pas faire l’impasse sur le fait que l’alimentation est un vecteur de contamination constate André Cicolella , rappelant que  80 % de la charge en Perturbateurs endocriniens provient de l’alimentation. » Comme l’a montré le rapport de l’ANSES publié en décembre dernier, l’alimentation infantile est par exemple totalement contaminée aujourd’hui par des perturbateurs endocriniens comme les phtalates.
Cette situation est inacceptable. Il est urgent d’adopter la 2nde phase de la Stratégie Nationale Perturbateurs Endocriniens, pour décontaminer l’alimentation et l’environnement. […]

http://www.reseau-environnement-sante.fr/communique-de-presse-perturbateurs-endocriniens-parlement-europeen-soppose-a-commission-europeenne/

Voici la présentation du document ci ci-dessus, la Deuxième Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens 2019-2022. Ce plan d’action est co-piloté par les ministères de la Santé et de la Transition écologique solidaire.
Voir notamment les actions 25 et 26.
https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/snpe_2__2019_2022.pdf

Pour finir, nous vous conseillons la lecture d’un dossier réalisé par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) intitulé « Perturbateurs endocriniens, Un enjeu d’envergure de la recherche » et dont voici un extrait :

[…] Air, eau, aliments… : les sources d'exposition sont multiples
Il existe une grande diversité parmi les perturbateurs endocriniens, et les sources de contamination auxquelles hommes et animaux sont exposés sont également nombreuses. En effet, ces composés peuvent être présents dans des produits manufacturés ou des aliments d'origine végétale ou animale. Ils sont pour la plupart issus de l'industrie agro-chimique (pesticides, plastiques, pharmacie…) et de leurs rejets. Beaucoup sont rémanents : ils persistent dans l'environnement de longues années et peuvent être transférés d'un compartiment de l'environnement à l'autre (sols, eau, air…) de longues années après qu'ils aient été produits.
Les hormones naturelles ou de synthèse constituent une source importante de perturbateurs endocriniens : œstrogènes, testostérone, progestérone... et les produits de synthèse mimant leurs effets sont souvent utilisés en thérapeutique (contraception, substitution hormonale, hormonothérapie). Elles entraînent un risque indirect en rejoignant les milieux naturels, après avoir été excrétées dans les rejets humains ou animaux. […]

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/perturbateurs-endocriniens

Nous restons bien entendu à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.
Service Questions-santé            
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/cite-de-la-sante/



Retour à la liste des questions