Questions-santé 2021 - janvier

Conséquences médicales de l'agent orange-dioxine

Question

Pendant la guerre qu'ils ont menée au Vietnam, les USA ont déversé 77 millions de litres d'herbicides sur 10% de la superficie de ce pays. L'agent orange, en plus de la destruction irrémédiable d'écosystèmes, s'avère très toxique pour l'être humain. Son dérivé de fabrication, la « dioxine de Seveso » est tératogène. Elle s’accumule dans les graisses, se transmet de génération en génération, elle provoque des malformations de naissance. Elle affecte l’organisme entraînant des affections cutanées, digestives, nerveuses, cardiovasculaires, des cancers et du diabète. Au Vietnam, plus de 300 kg de dioxine ont été déversés alors que les experts de l’OMS ont établi une dose mensuelle tolérable provisoire (DMTP) de 70 picogrammes/kg par mois (1 picogramme = 10 −12 gramme). Selon l’Association vietnamienne des victimes de l'agent orange/dioxine (VAVA) et d'après le rapport Stellman, entre 2,1 et 4,8 millions de personnes vivaient dans les zones épandues et ont donc été directement exposées au défoliant pendant la guerre. Aujourd’hui, plus de 3 millions de personnes en subissent encore les conséquences. Des centaines de milliers d’enfants des 3ème et 4ème générations d’après-guerre, vivent avec des malformations (absence de membres, cécité, surdité, tumeur externe…). Les fausses couches, les mort-nés et les naissances prématurées sont plus nombreuses dans les régions les plus touchées par les épandages. Pourriez-vous faire une revue de la littérature médicale et nous fournir les références des principales synthèses sur ce sujet ? Très cordialement et avec tous mes vœux les plus sincères pour toute l'équipe de la Cité de la santé.


Réponse

Bonjour,

Vous souhaitez avoir des synthèses de recherche sur les conséquences sanitaires, de l’agent orange déversé sur les populations civiles durant la guerre du Vietnam.

A titre d’information générale, voici tout d’abord un article de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : Les dioxines et leurs effets sur la santé (2016). La contamination au Vietnam y est évoquée :

On a également étudié de manière approfondie les effets sanitaires de la TCDD liés à sa présence en tant que contaminant de certains lots « d'agent orange », herbicide utilisé comme défoliant au cours de la guerre du Viet Nam. Les investigations se poursuivent sur le lien avec certains types de cancers et le diabète.

Sont aussi évoqués les effets de la dioxine sur l’être humain ainsi que les groupes les plus à risque :

Effets des dioxines sur la santé de l'homme
Une exposition brève de l'homme à de fortes concentrations en dioxines peut entraîner des lésions dermiques, comme la chloracné (ou acné chlorique), la formation de taches sombres sur la peau et une altération de la fonction hépatique. L'exposition de longue durée s'associe à une dégradation du système immunitaire, du développement du système nerveux, du système endocrinien et des fonctions génésiques.
Chez l'animal, l'exposition chronique aux dioxines a entraîné plusieurs types de cancers. Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), agence de l'OMS, a évalué la TCDD en 1997 et 2012. Sur la base des données épidémiologiques chez l'homme et des informations sur l'animal, le CIRC l'a classée dans les « cancérogènes pour l'homme ». En revanche, elle n'altère pas le patrimoine génétique et, en deçà d'un certain niveau d'exposition, le risque cancérogène serait négligeable.
Compte tenu de l'omniprésence des dioxines, tous les êtres humains ont des antécédents d'exposition et une certaine concentration de ces produits dans l'organisme, entraînant ce que l'on appelle une charge corporelle. Actuellement, l'exposition de fond normale ne devrait pas, en moyenne, avoir d'influence sur la santé. Toutefois, en raison de la toxicité potentiellement élevée de cette classe de produits, il faut faire s'efforcer d'abaisser le niveau actuel de l'exposition de fond.
Groupes humains plus sensibles
Le fœtus en développement est le plus sensible à l'exposition à la dioxine. Le nouveau-né, dont les systèmes organiques se développent rapidement, pourrait également être plus vulnérable à certains effets. Certaines personnes ou groupes de personnes peuvent être exposés à de plus fortes concentrations en dioxines à cause de leur régime alimentaire (par exemple, ceux qui consomment beaucoup de poisson dans certaines régions du monde) ou de leur profession (les personnes travaillant dans le papier et la pâte à papier, dans les sites d'incinération ou de traitement des déchets dangereux). […]

https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/dioxins-and-their-effects-on-human-health

Concernant plus particulièrement votre demande, nous avons repéré une thèse de pharmacie datant de 2015 :  L’utilisation de l’agent orange durant la guerre du Vietnam et ses conséquences sur la santé / Dorian Brunet.
Vous y trouverez notamment les conséquences sur la santé humaine de l’utilisation de ce produit : cancers, effet tératogène… ainsi qu’une bibliographie conséquente en fin de thèse.
http://www.nga-orange.org/IMG/pdf/pharmacie_2015_brunet.pdf

Un article des Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement (Volume 71, numéro 2, pages 141-150, mai 2010) : Pollutions environnementales et effets sur la reproduction : un regard sur le passé par D. Oberson, D. Lafon, propose un paragraphe synthétique sur l’agent orange (pp.2-3 du document).

L’agent orange durant la guerre du Vietnam (1961–1971)
L’environnement a connu l’une de ses plus fortes pollutions, frappant des milliers d’hommes et de femmes, il y a déjà plus de 40 ans. Des millions de litres de défoliants, dont le trop célèbre agent orange (le nom vient de la bande de couleur peinte sur le fût de 200 L) ont été déversés au Vietnam de 1961 à 1971 par l’armée américaine dans le but de détruire les récoltes et la végétation, afin d’affamer les Viêt-Congs et de dégager de toutes végétations les cibles militaires gênantes pour les bombardements. L’agent orange n’est autre que la combinaison de deux herbicides le acide dichloro-phénoxyacétique (2,4-D) et le acide trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T).La fabrication du second herbicide génère un produit dérivé ́le tétrachlorodibenzo-p-dioxine (2,3,7,8-TCDD), mieux connu sous le nom de dioxine.
Initialement considéré par l’armée américaine comme sans danger pour l’espèce humaine, des effets malformatifs ont été démontrés chez l’animal dès 1969. Les conséquences à plus long terme sur la population civile ont été désastreuses et le sont encore aujourd’hui en raison de la contamination persistante des sols et de la chaîne alimentaire.
On recense en effet des zones encore fortement contaminées (Hot spots) dans la vallée d’A luoi. En 1999, la contamination des sols atteignait jusqu’a`15 pg/g de TCDD, alors que des taux voisins de 80 pg/g ont été retrouvés dans les poissons ou les volailles. Les analyses de sang prélevés sur la population locale ont révélé jusqu’à 41 pg/g de lipides de TCDD parmi des hommes de plus de 25 ans vivant dans la commune de ASo. Dans cette même commune, on retrouve dans le lait maternel les taux de TCDD les plus importants de la vallée, de 6 à 20 pg/g de lipide [3]. Si on se rapporte à la dose journalière tolérée (TDI) de 1 à 4 pg/g I-TEQ/kg recommandée par l’OMS en 1998, tous les enfants allaités de la vallée ont reçu en 1999 des doses de dix à 100 fois supérieures à celles que l’on considère tolérables. Les campagnes de mesure réalisées en 2001 ne font que confirmer la contamination massive de toutes ces populations d’adultes et d’enfants. Bien que certaines zones, en particulier les abords de l’ancien aéroport militaire de A Sho, aient été évacuées, le danger est toujours présent.
Une méta-analyse, regroupant les études épidémiologiques publiées de 1966 à 2002, a récemment fait le point sur l’augmentation des anomalies congénitales consécutives à l’exposition in utero à l’agent orange [4]. Sur la base des 22 études retenues, dont 13 vietnamiennes, le risque relatif(RR) de malformations congénitales associées à l’exposition de l’agent orange était de 1,95 (IC 95 % : 1,59–2,39), avec une hétérogénéité importante entre les études. Les études vietnamiennes ont montré un risque bien plus élevé (RR : 3,00 ; IC95 % : 2,19–4,12) que les études non vietnamiennes (RR : 1,29 ; IC 95 % : 1,04–1,59). Par ailleurs, les analyses de sous-groupes ont permis de constater une amplification de l’association avec le degré d’exposition à l’agent orange, base ́sur l’intensité et la durée d’exposition aux dioxines des populations touchées. A titre d’exemple, dans une étude sur un faible effectif de 30 femmes exposées localement, le taux de malformations a pu atteindre jusqu’à deux tiers des enfants dont la mère ou les parents avaient été exposés à l’agent orange [5].
Dans les études menées ultérieurement sur la descendance des vétérans américains et australiens de la guerre du Vietnam, une augmentation du taux de la mortinatalité est également retrouvée, ainsi qu’une fréquence accrue de malformations touchant principalement le système nerveux central, le squelette et le système cardiovasculaire [6,7].
Aux Etats-Unis, des anomalies du sperme ont été mises en évidence uniquement chez les vétérans ayant servi au Vietnam Ranch Hand [8].
Il existe de nombreuses publications ayant rapporté ́d’autres effets sur la reproduction et le développement (diminution de la taille des testicules, augmentation du risque d’avortement spontané, etc.) mais l’évaluation de ces études reste délicate, le plus souvent en raison du manque de précision concernant la sélection des sujets [9].[…]

https://www.em-consulte.com/article/250643/article/pollutions-environnementales-et-effets-sur-la-repr

En tant qu’abonnée à la Bibliothèque des sciences et de l’industrie, vous pouvez lire cet article dans son intégralité en vous connectant à votre espace personnel. Vous pourrez ainsi consulter à la fin de ce document, une bibliographie assez fournie qui pourra vous être utile et dont vous pourrez localiser les documents grâce au catalogue du Système Universitaire de Documentation (Sudoc) (catalogue collectif français réalisé par les bibliothèques et centres de documentation de l'enseignement supérieur et de la recherche) :
http://www.sudoc.abes.fr

Les articles scientifiques paraissant le plus souvent en anglais, nous avons interrogé la base de données MEDLINE qui est une base de données bibliographique multilingue produite par la National Library of Medicine (NLM™) aux Etats-Unis. C’est la base de données de référence en sciences biomédicales. Elle contient plus de 20 millions de références et la mise à jour est quotidienne. L’interrogation se fait via l’interface PubMed :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/

Nous avons réalisé des recherches avec les termes :
agent orange + Vietnam
agent orange + Vietnam sauf ancien combattant

Nous avons extrait des listes de résultats, quelques références proposant le texte intégral ou un résumé que nous vous laissons parcourir :

- Sex-specific effects of perinatal dioxin exposure on eating behavior in 3-year-old Vietnamese children / Anh Thi Nguyet Nguyen, Muneko Nishijo, Tai The Pham, Nghi Ngoc Tran, Anh Hai Tran, Luong Van Hoang, Hitomi Boda, Yuko Morikawa, Yoshikazu Nishino, Hisao Nishijo 
BMC Pediatr. 2018 Jul 5;18(1):213.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6034299/

- Agent Orange During the Vietnam War: The Lingering Issue of Its Civilian and Military Health Impact / Jeanne Mager Stellman, PhDcorresponding author and Steven D. Stellman,
Am J Public Health. 2018 June; 108(6): 726–728.

Conclusions
The Agent Orange story is one of massive exposure of civilian and military populations to toxic chemicals once thought safe. Few studies exist of the long-range health effects of the Vietnam War on soldiers, civilians, or the general environment. There is a strong suspicion that elevated rates of birth defects may be attributable to herbicides, but scientific corroboration is limited. Studies of South Korean troops who served in Vietnam have revealed increased risks of diabetes and other disorders.7 Much of the existing literature on US veterans relies on exposure methodologies with severe misclassification limitations or on populations too small to allow questions regarding cancer and other chronic diseases to be addressed. […]

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5944896/

On Agent Orange in Vietnam / Richard W. Clapp, Carole Baraldi, Jean Grassman, Franklin Mirer, Daniel Robie and Susan Schnall
Am J Public Health. 2014 October; 104(10): 1860–1861.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4167098/

- Association between Agent Orange and birth defects: systematic review and meta-analysis / Anh D Ngo, Richard Taylor, Christine L Roberts, Tuan V Nguyen
Int J Epidemiol. 2006 Oct;35(5):1220-30.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16543362/

Comme votre recherche est très pointue, nous vous invitons également à interroger nos collègues de la Bibliothèque inter-universitaire de santé de Paris (BIUS) qui dispose d’un service de questions-réponses, Bium-info. Ils seront certainement plus aptes à vous fournir des références issues de revues médicales.

Nous espérons que ces informations vous seront utiles et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

Nous vous remercions des vœux que vous avez formulés pour l’équipe de la Cité de la santé et vous présentons les nôtres en retour.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)



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