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Crême solaire

Question

Bonjour, pourquoi devons-nous mettre de la crème solaire alors que nos ancêtres n'en avaient pas. Merci par avance


Réponse

Bonjour,

Vous souhaitez savoir pourquoi nous devons mettre de la crème solaire alors que nos ancêtres ne se protégeaient pas du soleil.

Afin de mieux comprendre l’histoire des produits de protection solaire, nous vous invitons tout d’abord à lire le dossier proposé par l’Observatoire des cosmétiques (site indépendant de toute marque) :

Le soleil a été, pendant bien longtemps, fui par les classes aisées qui voyaient dans le teint hâlé le signe d’une basse extraction. Cours royales ou impériales, courtisanes, bourgeoises ont lutté pied à pied pour maintenir la qualité de leur teint, de l’Antiquité à la toute fin du XIXe siècle. Afin de conserver un teint pâle, on a recours à l’éviction solaire (solution de loin la plus efficace !), à la protection vestimentaire ou à l’aide d’accessoires de mode (ombrelles, chapeaux à larges bords).

D’autres solutions moins inoffensives peuvent également être utilisées : préparations à base de céruse pour dépigmenter la peau, saignées destinées à donner au visage un merveilleux air alangui comme vidé de toute vie (Mme d’Esparbès, maîtresse du comte d’Artois aura recours à cette pratique pour fidéliser son amant volage). Autant de pratiques utilisées afin de sacrifier aux critères de beauté à la mode. Prêtes à tout, en effet. Des exemples sont là pour l’attester. Les fashion victims (terme à prendre au sens propre) ne sont pas la panacée du XXIe siècle. Au XVIIIe siècle, la très belle Marie Gunning use et abuse de préparations blanchissantes ce qui fera titrer à la presse lorsqu’elle mourra en 1760 : "Comtesse de Coventry : victime des cosmétiques". Sept ans plus tard, l’actrice et courtisane Kitty Fisher, décède, elle aussi, victime d’une intoxication au plomb. Ce métal fera parler de lui encore longtemps. C. Cotton Kenneby et H. Audrey Lynas du Royal Victoria Hospital de Belfast dressent, en 1949, dans la revue The Lancet, un triste constat. Des cas d’intoxications au plomb suite à l’application de cosmétiques sont régulièrement évoqués dans la presse médicale, et ce quel que soit les pays ou continents considérés.

1900-1930
Les premiers produits de protection solaire voient le jour dans les années 1930 : des formes huileuses, des crèmes n’affichant aucun indicateur d’efficacité… et pour cause.
On découvre à la fois les joies du bronzage et ses conséquences désagréables : les coups de soleil. La mise sur le marché des premiers produits de protection solaire s’impose donc.

La paternité du bronzage est souvent attribuée à Coco Chanel. Les congés payés de 1936 sont également avancés… Il est bien évidemment difficile de dater précisément une mode qui s’est imposée progressivement. Une étude rapide de la littérature nous permet de nous rendre compte du changement des mentalités qui est en train de s’opérer et de rendre à César ce qui lui appartient. Bien que présentée comme la porte-parole du bronzage, Coco Chanel n’est en réalité qu’une personnalité parmi tant d’autres à s’être vouée au culte du soleil. Dès 1902, André Gide se fait le chantre du bronzage. Michel, le héros de L’immoraliste, souffre en comparant son corps débile à celui des Italiens rencontrés dans la région d’Amalfi. " La vue des belles peaux hâlées et comme pénétrées de soleil, que montraient, en travaillant aux champs, la veste ouverte, quelques paysans débraillés, m’incitait à me laisser hâler de même ". Michel sort, tout juste, d’une longue maladie qui le laisse encore bien ébranlé. Considérant l’état lamentable de " décoloration" de sa peau, il décide d’offrir son corps à la " flamme" du soleil. Il se laisse alors envelopper par "une cuisson délicieuse " qui ne manquera pas de le faire ressembler aux beaux Italiens pris comme modèles.
Le soleil est recherché à la fois pour ses vertus esthétiques et pour ses vertus thérapeutiques. […]

1930-1960
Le pharmacien René Cerbelaud réalise à partir des années 1900 une compilation de différentes formules cosmétiques. Il consacre un chapitre entier de son ouvrage " Formulaire de Parfumerie " (édition 1930) aux produits antisolaires. Il distingue, à juste titre, deux catégories de crèmes : les crèmes grasses et les crèmes non grasses. […]

Les années 1970
Des années déterminantes dans la vie des produits de protection solaire… […]

https://cosmeticobs.com/fr/articles/produits-38/histoire-des-produits-de-protection-solaire-des-cosmetiques-dapparition-recente-3807

Si vous souhaitez aller plus loin, nous vous conseillons la lecture d’un article paru dans la Revue d'Histoire de la Pharmacie en 2010 et intitulé : Historique de la photoprotection topique.
https://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_2010_num_97_366_22168

Par ailleurs, vous pouvez également parcourir l’ouvrage intitulé Le soleil dans la peau paru en 2012 et rédigé par Jean-Marc Bonnet-Bidaud, Alain Froment, Patrick Moureaux, Aymeric Petit : L'homme et le soleil : un lien amoureux, un lien dangereux.

Depuis les premiers pas de l'homme, le soleil fait partie intégrante de sa vie et même de sa survie. Mais cette relation vitale est aussi risquée, comme en témoigne l'augmentation exponentielle des cancers de la peau. De fait, malgré les messages d'alerte concernant sa santé, l'homme a bien des difficultés à se passer de cette relation qui lui procure également bien-être et plaisirs. Sans oublier les apparentes contradictions des discours médicaux qui préviennent des risques de maladie et tout à la fois vantent les qualités anticancéreuses de la vitamine D induite par le soleil. Comment se faire plaisir sans mettre sa vie en danger ? Comment bénéficier des effets positifs et éviter les effets négatifs du soleil ? Quelles stratégies préventives devons-nous privilégier pour conserver notre capital solaire ?
Ce livre pluridisciplinaire est né de la nécessité de proposer une nouvelle voie pédagogique pour inciter chacun à adopter un comportement solaire responsable et minimiser les risques sanitaires inhérents aux expositions solaires inadaptées. Il vous propose autour de cet organe méconnu qu'est la peau, reflet de nos origines, de notre affect, de notre bonheur, de nos tourments, de notre essence même, un voyage dans quatre dimensions :
- l'astrophysique, qui s'interroge sur les mutations de notre carte d'identité chimique depuis les premiers temps de notre univers ;
- l'anthropologie, qui nous permet de comprendre comment l'Homme a coexisté au tout début avec le soleil, puis comment dans son exil en Europe, il a dû s'adapter à la raréfaction des rayons ultraviolets nécessaires à la bonne marche de son métabolisme ;
- la dermatologie, nécessaire pour établir les paramètres qui vous identifient en tant que candidat à risque ou non ;
- l'addictologie, car le bronzage devient pathologique quand il est poursuivi et répété malgré la connaissance de l'augmentation de problèmes sociaux, psychologiques et physiques induits par cette pratique.

https://www.google.fr/books/edition/Le_soleil_dans_la_peau/sfSmGKmfnnoC?hl=fr&gbpv=0

Enfin nous nous permettons de vous rappeler les conseils de prévention contre le soleil, donnés par l’Assurance maladie :
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/coup-soleil/prevention

Nous espérons que ces informations vous seront utiles et restons à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.
Service Questions-santé            
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/cite-de-la-sante/



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