Questions-santé 2021 - juin

Maladie auto-immune et vaccin Covid

Question

En cas de maladie auto-immune, le corps génère donc une mauvaise réponse immunitaire : pouvez-vous garantir que le vaccin anti-Covid ne provoquera pas une exacerbation et une mauvaise réponse ?


Réponse

Bonjour,

Souffrant d’une maladie auto-immune vous souhaitez savoir si le vaccin contre la Covid-19 ne provoquera pas une mauvaise réaction de votre système immunitaire.

Nous vous rappelons tout d’abord que Questions-santé est un service documentaire animé par des documentalistes. Nous ne sommes donc pas en mesure de vous garantir l’effet d’un vaccin dans votre situation mais nous pouvons en revanche vous donner des informations fiables pour répondre à votre questionnement.

Tout d’abord et comme vous le rappelez, le système immunitaire peut, dans le cas des maladies auto-immunes apporter une réponse inadaptée, comme l’indique l’Inserm dans le dossier : Maladies auto-immunes : La rupture de la tolérance au soi (13/07/18)

Alors qu’il est censé nous protéger contre les agents pathogènes (virus, bactéries…), notre système immunitaire peut parfois se déréguler. Il peut alors :
-  devenir trop sensible à certains constituants exogènes, et déclencher des allergies
ou bien
-  réagir contre des constituants du soi, et favoriser l’émergence de maladies auto-immunes

https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/maladies-auto-immunes

Nous vous proposons ensuite de parcourir le site de Fai2r, la Filière de santé des maladies auto-immunes et auto-inflammatoires rares situé dans le Service de Médecine Interne de l’Hôpital Claude Huriez à Lille. Vous y trouverez notamment les documents suivants :
- Covid-19 et maladies auto-immunes
https://www.fai2r.org/covid19

- interview du Pr Alain Fischer, le 14 janvier 2021, qui répond aux questions concernant la Vaccination COVID-19 dans le cadre des maladies auto-immunes et auto-inflammatoires rares
https://www.fai2r.org/flash-infos/vaccination-covid19

- Mise à jour des recommandations vaccinales pour les patients adultes atteints de maladies auto-immunes ou auto-inflammatoires en période épidémique COVID-19 à la date du 1er juin  2021 :
Télécharger la fiche

Les traitements immunosuppresseurs étant souvent utilisés dans les pathologies auto-immunes, nous vous proposons un entretien avec le Pr Odile Launay (Infectiologue, Hôpital Cochin, Paris) en date du 22/04/21 : Recommandations de vaccination contre la COVID-19 des patients immunodéprimés Outre les informations données sur l’impact de la vaccination contre la Covid-19 et les patients immunodéprimés. Vous y trouverez les références d’études internationales sur le sujet.
https://www.fai2r.org/flash-infos/vaccination-covid-immunodeprimes

La Recommandation de la Haute Autorité de Santé (HAS) du 29 avril 2021 : Stratégie de vaccination contre le Sars-Cov-2 Vaccination prioritaire de l’entourage des personnes immunodéprimées contre le SARS-Cov-2, apporte les informations suivantes :

[…]
2. Impact de la Covid-19 chez les personnes immunodéprimées
Les personnes immunodéprimées sont plus à risque de formes graves de Covid-19 et de décès par Covid-19 (2). Des études suggèrent également que l’immunodépression est un facteur de risque indépendant de formes graves de Covid-19 et de décès, mais dont le rôle et l’importance restent à préciser en fonction des situations (3-7) (p.6)
[…]
4. Réponses vaccinales chez les immunodéprimés
Les immunodépressions sont associées à un risque infectieux important variable selon le type d’immunodépression
. Dès lors, il est recommandé que les sujets immunodéprimés soient vaccinés en suivant un calendrier vaccinal adapté à chaque déficit immunitaire. Les données disponibles concernant la réponse à la vaccination des personnes immunodéprimées sont très peu nombreuses. Globalement on peut considérer que le degré de l’immunodépression et surtout l’association d’une immunodépression lymphocytaire T et B sont associés à une mauvaise réponse vaccinale. Cela est observé notamment dans les transplantations d’organe solide (52), les greffes de moelle (53), les cas de proliférations lymphoïdes malignes (54), les pathologies tumorales en phase de traitement par chimiothérapies ou radiothérapies (55).
Le tableau est sans doute un peu plus complexe pour les sujets porteurs de pathologies auto-immunes ou inflammatoires et traités par immunosuppresseurs et notamment par biothérapies. Un traitement par glucocorticoïdes pendant ≥2 semaines à doses équivalentes à 15 mg/j est considéré comme immunosuppresseur, tout comme le méthotrexate (MTX) ≥0,4 mg/kg/semaine, l'azathioprine ≥3,0 mg/kg/jour ou la 6-mercaptopurine ≥1,5 mg/kg/jour. Cependant, cette immunosuppression, ne s’associe pas forcément à une mauvaise réponse vaccinale (56). L’explosion récente du nombre de biothérapies ne permet pas d’avoir des données précises sur l’impact de leur utilisation sur la réponse vaccinale, qui peut d’ailleurs varier selon les vaccins (57). Il existe cependant un consensus clair sur l'effet suppressif du rituximab sur la réponse vaccinale notamment contre la grippe et le pneumocoque, ce qui explique le bien-fondé de la mise à jour du calendrier vaccinal avant l'administration de ce traitement (56). La réponse anti vaccinale peut être diminuée au cours de l’infection par le VIH mais essentiellement chez les patients ayant une maladie non contrôlée avec un taux de lymphocytes T CD4 bas (58). Les vaccins sont finalement inefficaces dans les déficits lymphocytaires T primitifs. Bien que la réponse humorale est par essence fortement diminuée chez les sujets porteurs d’un déficit humoral important (DICV et agammaglobulinémie), ces sujets sont protégés par l’utilisation d’une immunoprotection passive par immunoglobulines polyvalentes (59). D’autres conditions pathologiques peuvent s’accompagner d’un degré plus ou moins importante d’immunodépression. La réponse vaccinale notamment anti-hépatite B a largement été étudiée chez les insuffisants rénaux dialysés. L'insuffisance rénale entraîne un état d'immunosuppression multifactoriel conséquence d’un dysfonctionnement du système immunitaire inné et adaptatif, d'une inflammation chronique, d'un dysfonctionnement des cellules endothéliales et de l'urémie, s’associant à une mauvaise réponse vaccinale conduisant à adapter les schémas vaccinaux (60) (p.7)
5. Synthèse des données sur l’efficacité des vaccins anti-SARS-CoV-2 chez les personnes immunodéprimées
[…]
26 7.  Stratégies de « cocooning » vaccinal autour des immunodéprimés
En raison des incertitudes sur l’efficacité de la vaccination chez les personnes immunodéprimées et de la contre-indication des vaccins vivants chez ces patients, les stratégies de « cocooning » conduisant à vérifier le statut vaccinal de leur  entourage  immédiat  et  de  faire  les  mises à jour nécessaires conformément au calendrier vaccinal en vigueur (53, 59, 88), est une approche classiquement recommandée par plusieurs pays et/ou sociétés savantes. L’entourage immédiat est défini comme toute personne vivant sous le même toit ou susceptible d’assurer la garde (assistante maternelle, famille, garde-malade, etc.) et les personnels de santé susceptibles de les prendre en charge. […]

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2021-04/strategie_de_vaccination_contre_la_covid-19_-vaccination_prioritaire_de_lentourage_des_personnes_immunodeprimees_contre_le_s.pdf

Nous espérons que ces informations vous seront utiles et vous permettront d’enrichir le dialogue avec votre médecin qui, connaissant vos antécédents médicaux, est l’interlocuteur à privilégier.

Nous restons bien entendu à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)

Réponse du 04/06/21



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