Questions-santé 2022 - mars

Prophylaxie

Question

Les anticorps anti-D injectés à la 28eme semaine pour une maman rhésus négatif qui porte un enfant rhésus positif, peuvent-ils traverser le placenta et détruire les hématies fœtales.


Réponse

Bonjour,

Lors du troisième trimestre de la grossesse, une femme enceinte de rhésus négatif peut recevoir une injection de sérum anti-D. Vous souhaitez savoir si ces anticorps peuvent détruire les hématies du fœtus en traversant le placenta.

Afin de répondre à votre question, nous vous proposons tout d’abord de comprendre les mécanismes de l’allo-immunisation rhésus fœto-maternelle et vous conseillons la lecture du dossier publié par le service de Maternité et gynécologie de l’Hôpital universitaire Robert-Debré à Paris :

Rhésus négatif
Chaque individu est unique et différent d’un autre. Ces différences s’expriment aussi par les groupes sanguins A, B, O et pour chaque groupe on peut être rhésus positif ou rhésus négatif.
Environ 15 % de la population est rhésus négatif.
Lors d’une grossesse les circulations sanguines de la mère et de son fœtus sont complètement séparées. Dans certaines circonstances, un peu de sang du bébé peut passer dans la circulation maternelle. Les globules rouges du bébé, s’ils sont de groupe rhésus positif peuvent être reconnus comme étrangers par une maman qui serait rhésus négatif.
Le système immunitaire de la mère fabrique alors des anticorps dirigés contre les globules rouges du bébé.
Ces anticorps persisteront dans la circulation maternelle durant toute la vie de la maman.
Ces anticorps (Anti-D) sont sans risque pour la maman.
Lors d’une autre grossesse, ces anticorps pourront attaquer et détruire les globules rouges du bébé si ce dernier est rhésus positif. C’est ce que l’on appelle une allo-immunisation rhésus fœto-maternelle.

Traitement préventif
Il existe un traitement préventif qui évite l’apparition des anticorps ; mais ce traitement n’est plus efficace si une immunisation anti-rhésus est déjà présente.
Il consiste à injecter, à la mère, des immunoglobulines Anti-D. Le principe est d’éliminer le plus tôt possible les globules rouges de l’enfant passés chez la mère à l’aide d’anticorps Anti-D « prêt à agir » contenus dans ces immunoglobulines. Ainsi, le système immunitaire de la maman n’est pas alerté.
Ce traitement peut être proposé :

  • Pendant la grossesse :

    • Après un événement qui a pu favoriser le passage des globules rouges RhD positifs du bébé dans la circulation de la mère (liste ci-après). L’injection des anticorps Anti-D doit se faire dans un délai bref (72 h). De plus, au début du 3e trimestre de grossesse, les professionnels de santé vont vous proposer une dose d’Anti-D pour neutraliser les passages « spontanés » de globules rouges du bébé vers votre circulation, qui se font plus facilement à cette période.

  • A la naissance ou à l’arrêt de la grossesse :

    • C’est le moment où se produit souvent un important passage de globules rouges de l’enfant dans la circulation maternelle. L’injection d’une nouvelle dose d’anticorps Anti-D sera faite dans les 72 h. La dose sera calculée en fonction de l’importance du passage de globules rouges évalué sur une simple prise de sang après l’accouchement.

Les principaux événements favorisant le passage d’hématies fœtales dans la circulation maternelle sont :

  • Accouchement, quel que soit le mode

  • Interruption de grossesse, quel que soit le mode

  • Toute fausse couche spontanée

  • Pendant la grossesse :

    • Retournement par manœuvre externe d’un bébé se présentant en siège

    • Traumatisme abdominal ou pelvien (quel que soit le terme de la grossesse)

    • Intervention chirurgicale abdominale ou pelvienne (quel que soit le terme de la grossesse)

    • Prélèvement ovulaire, amniocentèse…

    • Saignements génitaux

    • Cerclage du col utérin

Les Anti-D
Les anticorps injectés sont des anticorps Anti-D extraits du plasma (un des composants du sang) de donneurs.
Ces plasmas sont « négatifs » pour les virus des hépatites B et C, et le virus VIH. De plus, ces plasmas subissent de nombreuses étapes de traitements pour détruire les éventuels agents infectieux au cours de la préparation des immunoglobulines.

http://maternite-gynecologie.robertdebre.aphp.fr/rhesus-negatif/

Un article du VIDAL, référence en matière d’information médicale, intitulé Substance active immunoglobulines humaines anti-D nous apprend par ailleurs que le médicament utilisé en France se nomme RHOPHYLAC :
https://www.vidal.fr/medicaments/substances/immunoglobulines-humaines-anti-d-12855.html

Nous vous proposons de lire sa notice, telle qu’elle est donnée sur la Base de données publique des médicaments et attirons votre attention sur le paragraphe suivant :

4. QUELS SONT LES EFFETS INDESIRABLES EVENTUELS ? 
Comme tous les médicaments, ce médicament est susceptible d'avoir des effets indésirables, bien que tout le monde n'y soit pas sujet. De tels effets secondaires peuvent apparaître même si vous avez déjà reçu des immunoglobulines humaines et que vous les avez bien tolérées.
Des réactions allergiques (réactions d’hypersensibilité) ont été observées rarement (survient chez 1 à 10 utilisateurs sur 10000).
Les premiers signes peuvent apparaître comme des petites bulles de démangeaisons sur la peau (urticaire) ou sur tout le corps (urticaire généralisée). Ils peuvent évoluer vers des réactions d'hypersensibilité / anaphylactiques sévères, comme une chute soudaine de la pression artérielle ou un choc (par exemple, vous pouvez ressentir des étourdissements, des vertiges, défaillir en position debout, froid dans les mains et les pieds, un rythme cardiaque anormal ou une douleur thoracique, une oppression thoracique, une respiration sifflante ou une vision floue) même si vous n'avez pas présenté d'hypersensibilité sur les administrations précédentes.
Veuillez informer votre médecin ou professionnel de santé immédiatement si vous notez de tels signes pendant l’administration de RHOPHYLAC. Il ou elle décidera d’arrêter l’administration complétement et commencera un traitement adapté.
Si on vous administre ce médicament dans un muscle, vous pouvez ressentir une douleur locale et une sensibilité au site d'injection.
Les effets indésirables suivants sont peu fréquents (survient chez 1 à 10 utilisateurs sur 1000) :
· fièvre et sensation de froid (tremblements),
· impression de se sentir souffrant (malaise),
· maux de tête,
· réactions cutanées, rougeur de la peau (érythème), démangeaisons (prurit).
Les effets indésirables suivants sont rares (survient chez 1 à 10 utilisateurs sur 10000) :
· réactions allergiques, choc anaphylactique
· nausées et/ou vomissements,
· faible tension artérielle (hypotension),
· battements cardiaques ou pouls rapides (tachycardie),
· douleur articulaire (arthralgie),
· difficulté à respirer (dyspnée).
· réactions au site d’injection.

https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/affichageDoc.php?specid=68484547&typedoc=N

Une destruction des hématies fœtales n’est pas évoquée.

En tant que documentalistes, nous ne pouvons aller plus loin dans notre réponse et vous invitons à poser votre question à un gynécologue.

Nous esperons que ces éléments d’information vous aideront à enrichir le dialogue que vous aurez avec vos collègues professionnels de santé. Nous restons bien entendu à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé,
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.

Service Questions-santé

NB : Nous vous remercions d'avoir autorisé la publication de votre question. Vous pourrez la retrouver dans les pages de la Cité de la santé  (les questions-réponses sont classées par dates)



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