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Sphincter d'Oddi

Question

Je souffre du syndrome du sphincter d'Oddi, je suis épuisée mentalement et physiquement, j'ai l'impression que ce n'est malheureusement pas bien connu, comment puis-je vivre avec ça ?

Réponse

Bonjour,

Vous souffrez du syndrome du sphincter d'Oddi et cette maladie vous épuise. Vous voulez savoir comment vous soigner.

Pour commencer, le Journal de Chirurgie Viscérale. Volume 159, Issue 1, Supplement, March 2022, Pages S18-S25 propose un article Dysfonction du sphincter d’Oddi dans lequel vous trouverez les informations suivantes : 

La dysfonction oddienne est une affection bénigne non tumorale du sphincter d’Oddi. Elle survient principalement dans les suites de cholécystectomie mais peut précéder dans un nombre non négligeable de cas, l’ablation de la vésicule. Son expression clinique est principalement biliaire mais peut aussi se traduire par des douleurs pancréatiques ou des pancréatites aiguës récurrentes. Elle correspond dans la moitié des cas à une sténose fibreuse de la papille, probablement due à un traumatisme local lors du passage de calculs biliaires, et dans l’autre moitié des cas à une dysfonction oddienne.
[…]

Le traitement médical fait appel aux dérivés nitrés et à la trimébutine. L’efficacité modérée en pratique de ces traitements médicaux conduit parfois mais de façon la plus limitée, à la réalisation d’une intervention sur la papille principale, à type de sphinctérotomie endoscopique mais avec une importante morbidité postopératoire. L’indication de ces traitements doit donc être portée avec une grande rigueur, en utilisant les critères de la classification de Milwaukee. Seuls doivent être éventuellement traités, par voie endoscopique, les patients qui présentent un tableau de douleur biliaire associée à une perturbation du bilan biliaire et/ou à une dilatation de la voie biliaire. Les patients qui ne présentent que des douleurs (type III Milwaukee) souffrent en effet de troubles de la sensibilité ou de la motricité duodénale.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1878786X22000080

Nous vous proposons des extraits plus complets de cet article, via la base EMConsulte des éditions Elsevier Masson, à laquelle nous sommes abonnés (base EMPremium) :

Caractéristiques de la douleur
La douleur biliaire, localisée en épigastre et/ou hypochondre droit, est définie, selon la conférence de Rome IV, par des critères bien précis [4] :

  • des crises de durée>30min et s’élevant à intensité constante ;
  • des symptômes récidivants à intervalles variables ;
  • la douleur doit être suffisamment importante pour interrompre l’activité quotidienne du patient ou pour se rendre aux urgences ;
  • pas significativement reliée à la défécation (<20 %) ;
  • pas significativement reliée aux changements de position ou à la prise d’antisécrétoires.

Les critères secondaires associés sont la présence de nausées ou vomissements, l’irradiation dans le dos et/ou la région subscapulaire droite, et le caractère potentiellement insomniant de la douleur.

Le délai de survenue entre les crises douloureuses et la cholécystectomie est très variable, allant de quelques mois à plusieurs années, voire plus de 20 ans [5, 7, 11, 12]. Les crises sont favorisées par la prise de codéine ou dérivés, retrouvés dans des médicaments antalgiques ou antitussifs principalement, ou par des repas gras. La prise de codéine est un élément du diagnostic positif essentiel et doit être recherchée systématiquement à l’interrogatoire. Elles peuvent être aussi spontanées, entraînant une appréhension majeure de la part des patients. […]

Symptômes associés

La DSO peut être associée à des nausées et des vomissements. Certains patients décrivent des épisodes d’asthénie prolongée après la crise [3, 5, 11, 12]. La DSO est associée de façon significative à d’autres troubles fonctionnels digestifs comme le « syndrome de l’intestin irritable » [1, 20].
La douleur peut s’associer à une élévation variable des transaminases et des phosphatases alcalines, avec retour à la normale post-crise. […]  Il faut noter que l’élévation per-critique des transaminases peut être très importante pouvant dépasser 20 fois la limite supérieure de la normale.
La DSO pourrait aussi être une cause de pancréatite aiguë récurrente, généralement considérée comme une pancréatite chronique idiopathique [5, 22, 23]. Il n’a pas été rapporté dans la littérature de pancréatite aiguë grave entrant dans le cadre d’une DSO pancréatique (voir plus loin). Le tableau clinique est donc celui de pancréatite aiguë récurrente bénigne. Ces manifestations pourraient concerner près d’un quart des patients qui présentent des douleurs post-cholécystectomie.
Enfin, la DSO survient sur un terrain particulier : 80 à 90 % des sujets atteints sont des femmes comme dans d’autres affections fonctionnelles digestives [11, 12, 24]. Sans lien direct, il existe un contexte psychiatrique d’anxiété ou de dépression fréquent, voire d’antécédent d’abus sexuels, ce qui amplifie la douleur perçue mais ne devant pas remettre en question la réalité de la souffrance vécue par le patient, ainsi que l’appréhension de la survenue des crises qui est souvent majeure [20]. Dans une étude de patients inclus dans une étude randomisée, 21 % des patients avaient des troubles psychiatriques sévères. Il n’y avait pas de corrélation claire avec le type de symptômes mais les patients les plus dépressifs avaient les douleurs les plus fortes [20]. La prise en considération des symptômes du patient, sans les nier mais en expliquant au patient la réalité et l’origine des troubles est essentielle pour sa prise en charge, et éloigner le « spectre » de la sphinctérotomie endoscopique.
[…]

Traitement de la DSO

L’évaluation de l’efficacité thérapeutique est brouillée par de nombreux facteurs de confusion. Ils sont dus aux difficultés de diagnostic de la DSO, à la compréhension incomplète de la physiopathologie de la DSO (en particulier des types III de Milwaukee qui sont associés à des troubles fonctionnels digestifs), à un contexte psychologique souvent difficile à démêler des symptômes exprimés par le patient. Ainsi, les deux premières études randomisées [39, 40], en faveur de l’efficacité de la sphinctérotomie endoscopique incluaient essentiellement des DSO de type II alors que la dernière étude randomisée, avec un résultat négatif incluait 90 % de DSO type III [1].

Le traitement médical de la dysfonction oddienne s’avère un peu décevant bien que les dérivés nitrés ou les inhibiteurs calciques aient pu montrer dans certaines publications une diminution de la pression basale oddienne [11, 41]. Les dérivés nitrés sont surtout utilisés en spray pendant la phase aiguë de la douleur avec une efficacité de plus de 75 %, mais au prix de l’apparition de maux de tête et d’une chute tensionnelle. Leur efficacité rassure beaucoup le patient. D’autres traitements, comme la duloxétine, l’amitriptyline, ou encore les inhibiteurs de la phosphodiestérase type 5, ont également montré des résultats encourageants [4, 42, 43]. La prévention de l’apparition des crises peut également faire appel à la trimébutine qui régule la motricité oddienne et les troubles moteurs duodénaux souvent associés [11]. Mais l’essentiel de la prévention repose sur l’interdiction absolue de la prise de codéine ou de dérivés morphiniques. Cette prise en charge médicale associant trimébutine et dérivés nitrés, associée à des explications détaillées, rassurantes et répétées pour le patient, permet le contrôle médical de ¾ des patients avec un an de recul [12]. Elle est la base de la prise en charge.

Le traitement endoscopique doit être réservé aux échecs de la prise en charge médicale, en gardant à l’esprit le risque postopératoire de pancréatique et une efficacité discutable pour les DSO de type III, et également dans le temps [12, 44]. 
[…]
Le traitement endoscopique par sphinctérotomie endoscopique peut être une technique efficace en cas de DSO prouvée par manométrie ou scintigraphie mais d’une lourde morbidité, essentiellement en raison du risque de pancréatite postopératoire
[…]
La séquence thérapeutique doit reposer d’abord sur une prise en charge médicale avec éviction des dérivés morphiniques, utilisation pendant un an de la trimébutine en entretien et de dérivés nitrés per-critiques pendant un an [11, 12, 44]. Le patient doit être informé du risque et de l’éventuelle inefficacité de toute procédure endoscopique. Le suivi psychologique et clinique répété du patient pendant cette période est essentiel. Au bout d’un an, un échec survient environ une fois sur quatre et un traitement endoscopique peut être proposé mais en informant le patient du risque de complication et d’une perte d’efficacité possible à long terme [44].

https://www.em-consulte.com/article/1504729/dysfonction-du-sphincter-d-oddi

Le document suivant, La dysfonction du sphincter d’Oddi rédigé par le Dr Maxime Palazzo (Hôpital Beaujon, service de gastroenterologie-pancreatologie) dans HEPATO-GASTRO et Oncologie digestive (vol. 21 n8 1, janvier 2014) vous apporte quelques compléments :
https://pdfs.semanticscholar.org/74e5/bf977e70c1f861ca2f3d1514e76474fed256.pdf

En tant que service documentaire, nous ne pouvons aller plus loin dans notre réponse et nous espérons que ces informations faciliteront le dialogue avec le spécialiste qui vous suit, afin qu’il puisse vous proposer une prise en charge adaptée au vu des douleurs ressenties et de votre détresse psychologique. 

Nous restons bien entendu à votre disposition pour toute recherche documentaire dans le domaine de la santé.

L’Equipe des documentalistes de Questions-santé, 
Le service de réponses en ligne de la Cité de la santé.
Service Questions-santé
http://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/cite-de-la-sante/

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